Congrès National
(11 - 15 mai 2009)
Commission
éducation & pédagogie
1. UN PROGRAMME POUR LE
SERVICE PUBLIC D’EDUCATION DE L’EGALITE DES CHANCES ET DE LA REUSSITE SCOLAIRE
DE TOUS.
Le préambule de la motion proposée constate une situation devenue préoccupante et appelle à un redressement fondé sur une volonté commune. Il exprime les exigences de cette ambition, insiste sur la nécessité d’un pilotage national et d’un cahier des charges établi en vue de l’égalité et de la réussite de tous, rappelle que l’autonomie des établissements en matière pédagogique reste à réaliser et que les personnels de direction ont une place à y tenir. L’égalité des chances, qui correspond aux attentes publiques, est associée à la notion de réussite scolaire de tous sans laquelle elle perd son sens ; l’équité est inscrite comme une exigence de l’offre scolaire telle qu’elle doit résulter du pilotage national et de la considération de l’intérêt général ; l’égalité est la notion essentielle qui permet de concevoir le cahier des charges.
La motion décline ensuite les différents aspects de notre système éducatif en insistant sur la cohérence de nos propositions avec ces exigences générales.
Les principes annoncés comme fondateurs de la carte scolaire sont mis à mal par des mesures de désectorisation prises sans que les bilans – probablement accusateurs – soient établis ni publiés. C’est pourquoi nous exigeons désormais cette transparence, et que le cas échéant nous nous mettrons en mesure de l’établir, tout en rappelant les propositions de régulation que nous avions faites et qui restent pleinement opérationnelles.
Le « socle commun » de la scolarité obligatoire ne fait toujours l’objet d’aucune mise en œuvre globale. Nous considérons qu’il s’agit désormais d’une urgence et que toutes les conséquences sur l’enseignement doivent en être tirées.
La réforme du lycée comprend celle de la voie générale et technologique et celle de la voie professionnelle. Concernant la première, nous affirmons la nécessité de la cohérence des réformes de structure et des finalités de la réforme, mais nous affirmons aussi que l’orientation, la valorisation positive des compétences, la question de l’évaluation, celle des programmes, des méthodes et des recours possibles, en sont les éléments indispensables. La simplification des filières que nous demandons passe bien par cette redéfinition des méthode, des horaires, des programmes et des parcours scolaires : elle ne peut passer en particulier par la disparition des formations technologiques, qui ont leur qualité, leur expertise, leur légitimité sociale et leur cohérence et ne peuvent constituer de simples options. Concernant la voie professionnelle dont nous suivons la rénovation, nous attendons que sa mise en œuvre soit à la hauteur des ambitions et des moyens affichés : pour la rentrée prochaine, il n’est pas apparu, loin de là, que cette attente était toujours partagée, en particulier de la part d’un certain nombre de rectorats.
La cohérence de notre projet nous conduit à prendre position dans un domaine qui nous oblige traditionnellement à une certaine réserve du fait de notre positionnement syndical et du respect des prérogatives de nos partenaires enseignants : celui de l’évolution nécessaire de leurs missions et de leur métier, qui accompagne nécessairement, comme nous l’avions déjà dit devant la commission Pochard, une réforme des méthodes, des programmes et des objectifs du service public d’éducation. Nous abordons ce sujet à l’occasion de la réforme annoncée de la formation des maîtres, pour insister sur le fait qu’enseigner est un métier complexe qui fait appel à des connaissances et à des compétences diversifiées ; la part de formation professionnelle est donc importante, et ne peut relever de simples stages, d’ailleurs mal définis, dans les établissements.
Nous soulignons, à propos de l’enseignement adapté et à propos de l’accueil des élèves en situation de handicap, que le service public d’éducation est jugé sur sa capacité à réaliser l’égalité de traitement et la réussite scolaire qui le fondent : les promesses faites doivent être tenues réellement et non seulement formellement.
Concernant l’enseignement supérieur, nous prolongeons nos mandats en appelant à la prise en compte des besoins des universités mais aussi à la réalisation de véritables partenariats autour d’elles entre les diverses formations supérieures, dont celles que nous prenons en charge dans les lycées : c’est pourquoi nous invitions à une intégration des lycées concernés dans les PRES, rappelons que la démocratisation des classes préparatoires ne se réduit pas à une campagne sur l’ouverture de leur accès à de nouveaux publics, et que la place des STS doit être confirmée au regard de la mission qu’elles assument dans l’enseignement supérieur.
Enfin, nous rappelons que la formation tout au long de la vie, et la formation professionnelle continue, font partie des missions des établissements du service public, en particulier par l’intermédiaire des GRETA qui doivent voir leur fonctionnement conforté pour réaliser leurs missions.
MOTION GENERALE :
« Le SNPDEN, réuni en
congrès national, appelle solennellement à une réforme générale et ambitieuse
du système éducatif français. Les réussites sont en effet réelles, mais les
insuffisances, au vu des évaluations nationales et internationales et de toutes
les consultations récentes, se manifestent à la fois par le caractère massif et
aggravé des difficultés scolaires, le
nombre insuffisant des réussites au niveau de l’excellence, et les inégalités
entre les élèves dans les différents parcours scolaires.
Le SNPDEN affirme que la
construction du service public d’éducation de l’égalité des chances et de la
réussite scolaire de tous doit reposer sur une ambition nationale, construite
dans la durée et la cohérence et associant les différents acteurs. Elle ne peut
se faire par l’accumulation précipitée d’annonces médiatisées et d’actions
partielles sans évaluation ni suivi, ni dans la préoccupation de positionnements
à court terme. Elle peut encore moins se faire par l’économie de moyens établie
comme principe.
La responsabilité d’un
pilotage pédagogique national, passant par un cahier des charges du service
public d’éducation, et des cadrages nationaux et académiques est d’autant plus nécessaire pour permettre aux
établissements de garantir l’équité par une offre de formation de même qualité
pour tous. Cette responsabilité de pilotage pédagogique est un devoir de
l’Etat, garant de l’intérêt général : la réussite du système éducatif ne
peut en effet résulter de la concurrence interne ni de la seule addition
d’efforts désordonnés ; l’évaluation, les contrats d’objectifs, les
principes d’organisation doivent se rapporter à ce cahier des charges, lui-même
élaboré dans la seule considération de l’égalité et de la réussite de tous.
L’autonomie pédagogique de
l’établissement public local d’enseignement, seule capable d’adaptations
favorables à la meilleure réussite des élèves ou des étudiants dans leur
diversité, comme au développement et à la reconnaissance de leurs compétences,
doit être enfin reconnue pleinement par l’institution, et pour cela bénéficier
d’une part identifiée et garantie de moyens horaires stables et suffisants,
mais aussi de confiance et de responsabilité. Les personnels de direction sont
prêts à prendre toute leur place dans l’organisation de cette autonomie
pédagogique.
Dans cette perspective, les
revendications et propositions du SNPDEN en matière d’organisation pédagogique
et de réforme éducative portent sur les 9 points suivants :
1.
En matière de carte scolaire les
mesures prises doivent concourir à favoriser et non à compromettre dans les
faits la mixité sociale et la mixité scolaire, l’égalité de l’offre scolaire et
la scolarisation de proximité, qui sont en cohérence avec les principes
républicains et nécessaires à la réussite d’un système éducatif évolué. Le
SNPDEN exige la création d’un Observatoire de la carte scolaire chargé
d’évaluer les effets réels des assouplissements en cours, d’établir la
transparence, et de proposer les régulations indispensables.
2.
Le SNPDEN demande que l’organisation
prévue pour l’acquisition par les élèves du socle commun de connaissances et
de compétences à l’issue de la scolarité obligatoire (référentiels, méthodes
pédagogiques, évaluation et validation, missions et formation des enseignants)
soit reconnue comme une urgence et une priorité nationale et mise en œuvre sans
délai. Une politique volontaire d’éducation prioritaire doit y contribuer.
Toutes les propositions de réforme du collège comme du lycée doivent être en
cohérence avec cette ambition, et concourir au développement et à la validation
des compétences, et non à l’exclusion ou au tri par l’échec d’une partie
importante du public scolaire.
3.
Le SNPDEN considère que la réforme de la
voie générale et technologique doit avoir pour objectif de favoriser
l’accès à cette voie d’un plus grand nombre d’élèves dans le cadre d’une
diversité sociale accrue, de mieux préparer les lycéens à l’enseignement
supérieur, et de définir, à partir de la classe de seconde, une orientation
fondée sur la valorisation des compétences et des projets de l’élève,
notamment par l’exploration des
différents domaines et méthodes des parcours de formation, par l’évolution des
programmes, par la simplification des filières et la mise en place de
passerelles.
La question de modes d’évaluation qui établissent positivement ces
compétences doit être réglée, y compris dans ses conséquences sur l’examen
final.
La réflexion doit porter sur l’ensemble du cycle du lycée :
seconde, première et terminale et sur son articulation avec l’enseignement
supérieur.
La réforme doit permettre d’associer l’autonomie de l’établissement et
le pilotage national et donc mobiliser l’ensemble des acteurs dans ce cadre
national.
4.
Le SNPDEN demande que la rénovation de la
voie professionnelle soit assurée :
-
par la cohérence de la carte des formations
établie avec tous les partenaires concernés, et l’implantation prioritaire de
formations dans l’enseignement public y compris en apprentissage ;
-
par la mise en place effective des moyens
réglementaires attribués aux établissements, qui doit garantir de manière
équitable sur l’ensemble du territoire national les marges d’autonomie
nécessaires pour mettre en place les parcours
de formation adaptés à la réussite des élèves en vue du baccalauréat et
d’une poursuite éventuelle d’études en STS ;
-
par la prise en compte de la situation des
élèves les plus fragiles dans les politiques académiques, dans chaque
bassin de formation : capacité d’accueil suffisante en CAP, temps de formation
s’adaptant aux difficultés des élèves et accompagnement individualisé, prise en
compte de parcours de formation facilitant l’acquisition des diplômes y compris
le BEP ;
-
par
la formation et l’accompagnement des enseignants.
5.
Le SNPDEN considère que la réforme de
la formation initiale des nouveaux enseignants doit donner toute sa place,
dans les cursus universitaires des candidats et au sein des instituts de
formation, à la dimension professionnelle d’un métier qui ne peut être réduit à
ses éléments de maîtrise disciplinaire et de face à face pédagogique. Cette
formation doit s’inscrire dans le projet et les objectifs du service public
d’éducation et prendre en compte les méthodes d’enseignement et d’évaluation
favorables à la réussite des élèves, l’ensemble des missions confiées aux
enseignants, le travail en équipe, ainsi que le cadre de l’établissement. Le
SNPDEN affirme que les stages en établissement scolaire ne peuvent être conçus
comme un substitut à cette formation ou comme une simple mise en situation,
mais doivent bénéficier, dans la mesure de leur contribution, d’un cadre
partenarial approprié et défini par convention.
6.
L’enseignement adapté constitue pour
un certain nombre de collégiens et de lycéens un recours nécessaire.
-
Le SNPDEN demande la transformation des
Etablissements Régionaux d’Enseignement Adapté en Lycées d’Enseignement Adapté
conformément à leur mission actuelle.
-
Les SEGPA, au sein des collèges, contribuent
à la réussite des élèves en grande difficulté, et participent à leur accès aux
formations de niveau V. Leurs missions doivent être confirmées et respectées,
leurs moyens garantis dans leur
spécificité.
7.
Le service public d’éducation a le devoir de
permettre de manière effective, au besoin par des conventions de partenariat
avec les structures spécialisées, la scolarisation ordinaire au plus près de
leur domicile des élèves en situation de handicap, ce qui est la
condition de l’égalité des droits et des chances, de la citoyenneté des
personnes handicapées et de leur appartenance pleine et entière à la société.
Le SNPDEN demande que les
conditions de leur affectation, de leur accueil et de leur scolarité fassent
l’objet d’un réel engagement de l’Etat et des collectivités territoriales dans
l’objectif de construire un parcours scolaire continu et adapté, tant sur le
plan des ressources humaines comprenant la stabilité et la qualification des
personnels, que sur celui des conditions matérielles.
8.
Le SNPDEN considère que l’investissement
de la nation dans son enseignement supérieur, en particulier dans les
universités, constitue un enjeu essentiel pour la réussite du service public
d’éducation. Il recommande le partenariat, la collaboration et les échanges
entre des formations nécessairement diverses, en développant les PRES (Pôles de
Recherche et d’Enseignement Supérieur) autour des universités et en y associant
les lycées comprenant des CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) et
des STS (Sections de Techniciens Supérieurs). Il demande
-
que la démocratisation des classes
préparatoires soit confortée par l’évolution des programmes, des méthodes, de
l’évaluation, des débouchés, et la prise en charge de la diversité nouvelle et
de la répartition de leur public sur l’ensemble du territoire ;
-
que les STS voient leur rôle de formation
et de démocratisation reconnu par leur insertion pleine et entière dans le
cadre commun de l’enseignement supérieur (LMD) et soient développées et
soutenues.
9.
Le SNPDEN considère la formation tout au
long de la vie comme nécessaire à
l’élévation globale du niveau de qualification et à la sécurisation des
parcours professionnels. Il revendique le développement de la formation
professionnelle continue au sein du service public d’éducation, à partir de
bases géographiques d’emploi et de formations cohérentes, dans des GRETA
adossés conventionnellement aux EPLE dans la logique des lycées des métiers,
mais bénéficiant d’une autonomie en
matière de gestion administrative et de politique des formations.»
Vote du congrès : la
motion est adoptée à l’unanimité.