2012 Congrès de Lille – Revue de presse

Revue de Presse Spécial Congrès de Lille

(Les articles non disponibles via internet se trouvent après la revue)

AEF (les dépêches se trouvent à la fin de la revue)

♦ Dépêche du 7 mai ¨: « Congrès du SNPDEN, nous voulons que cesse la multiplication des priorités dans l’Education nationale »
♦ Dépêche du 11 mai : « Philippe Tournier réélu secrétaire général du SNPDEN –UNSA ♦ Dépêche du 14 mai : « Le syndicat exige le renforcement du contrôle des établissements privés »

AFP (Site vousnousils.fr)

♦ Dépêche AFP : Education : urgences et premières revendications 

EDUCAVOX

Interview de Philippe Tournier par EDUCAVOX réalisée par Claude Tran, en direct du congrès
♦ Interview vidéo

CAFE PEDAGOGIQUE

L’expresso du 10 mai : Le congrès du SNPDEN appelle à une autre gouvernance
L’expresso du 14 mai : Philippe Tournier : « Que le nouveau gouvernement assume une politique éducative »

LETTRE  DE L’ EDUCATION

♦ Interview Philippe Tournier « Nous attendons aujourd’hui une politique éducative, stable, compréhensive, cohérente » 

TOUTEDUC.fr

♦ Entretien de Philippe Tournier avec Touteduc (Jeudi 10 mai 2012)
« Le SNPDEN dresse le tableau de la situation politique de l'Education nationale à la veille de l'alternance » (Le texte de l’entretien se trouve à la fin de la revue).

Le MONDE

♦ « Le quinquennat Sarkozy a divisé profs et chefs d’établissements »

NORD ECLAIR

Le congrès des personnels de direction débute à Lille (7 mai)
♦ Les personnels de direction réunis en congrès à Lille (8 mai)

L’EXPRESS

Evaluation des profs : à peine publié , le PS promet l’abrogation du décret (Brève citation SNPDEN)


Dépêche AEF n° 166239 du Lundi 7 mai 2012

« Nous voulons que cesse la multiplication des priorités dans l'Education nationale » (Philippe Tournier)
« Il faudra que le pouvoir politique tranche clairement entre deux logiques contradictoires au collège. D'une part le socle commun de connaissances et de compétences est mis en place, d'autre part le DNB est maintenu », indique à AEF Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa vendredi 4 mai 2012, dévoilant les grandes lignes de son discours d'ouverture du congrès du SNPDEN prononcé à Lille (Nord) le lundi 7 mai 2012, au lendemain du second tour de l'élection présidentielle. « Nous voudrions ne pas changer de ministre tous les un an et neuf mois ». « Nous voulons que cesse la multiplication des priorités et sommes favorables à un nombre limité d'objectifs de l'Éducation nationale, des objectifs crédibles », ajoute-t-il.
« Les dernières années ont été marquées par des 'poisons lents' dont les effets continuent d'agir, comme la loi Tepa [sur la défiscalisation des heures supplémentaires] ou l'assouplissement de la carte scolaire », déclare Philippe Tournier. « Revenir en arrière sur ces questions paraît difficile », estime-t-il.

« SORTIR LA SCOLARITÉ OBLIGATOIRE DE LA COMPÉTITION »

Le secrétaire général du SNPDEN détaille sa vision d'un système éducatif souhaitable. « Nous pensons qu'il faut sortir la scolarité obligatoire du monde de la compétition, une compétition qui commence dès la maternelle avec le début de l'apprentissage de la lecture. Certains sont d'ailleurs exclus très tôt sans que l'on sache bien pourquoi », explique-t-il. Philippe Tournier préconise de « revoir le socle commun de connaissances et de compétences et de modifier la forme de l'évaluation des élèves au collège ». « Le système de notation n'est pas adapté, car il prévoit que toute une partie des élèves aient de mauvaises notes », poursuit-il.
« La continuité Bac -3 Bac +3 doit également être envisagée », ajoute Philippe Tournier. « Pourquoi ne pas constituer un ensemble intermédiaire constitué du « secondaire supérieur » et de la licence ? », lance le SG du SNPDEN. « La recherche, elle, ne peut être effectuée qu'après la L3 », précise-t-il. Il souligne à ce titre que « un tiers des étudiants des deux premières années de l'enseignement supérieur sont dans les lycées, soit en CPGE, soit en BTS ».

QUELLE GOUVERNANCE DU SYSTÈME ÉDUCATIF ?

« Le décret sur la gouvernance du système éducatif pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses pérennes », juge Philippe Tournier. Lui se dit en faveur d'un « vrai principe de subsidiarité ». « L'État doit définir les grands axes et les objectifs principaux puis vérifier qu'ils sont bien appliqués, et non laisser ce contrôle au niveau local », illustre-t-il. « Le problème de l'indépendance [des professionnels de l'éducation] par rapport au pouvoir exécutif doit également être posé ». « Le système doit être basé sur la confiance faite aux professionnels. Leurs responsabilités doivent être identifiées. Nous privilégions d'ailleurs le concept de responsabilité à celui d'autonomie ».
« Il y a également la question épineuse de l'animation territoriale et du rôle de la collectivité », remarque Philippe Tournier, pour qui « un acte III de la décentralisation conduirait à une régionalisation de l'éducation ». Selon lui, la conséquence d'un système régionalisé est « un accroissement des inégalités territoriales ». « Le président du Sénat a parfois cité l'exemple de la Catalogne en Espagne, mais ce modèle fonctionne parce que cette région détient plus de ressources que les autres et abrite une population plus favorisée », poursuit-il. « Nous n'avons pas de solution clef en main sur ce sujet mais il faut mettre fin à ce système et donner un vrai rôle aux collectivités. Aujourd'hui dans un quart de la France on observe de mauvaises relations entre les rectorats et les collectivités. Or ce sont les établissements qui se retrouvent en situation d'arbitrage », déplore Philippe Tournier. Il recommande « une autre forme d'autorité académique qui sorte du débat collectivité/État central ».

UN « CHANGEMENT NÉCESSAIRE »

« Le choix aujourd'hui n'est pas celui entre l'école libérale et le statu quo, c'est celui entre le changement nécessaire et l'école traditionnelle à la française », estime Philippe Tournier. « La logique de l'école traditionnelle est celle du tri entre les élèves ». « Pisa 2012 devrait être une nouvelle gifle », pronostique-t-il d'ailleurs. « Les années qui viennent de s'écouler ont suscité un repli identitaire d'éducateurs assez inquiétant. Nous avons plus régressé que progressé ». Selon lui, le « changement nécessaire » doit pourtant se faire « en lien avec la société ». « Si l'école veut réaliser les valeurs qu'elle promeut, les solutions sont déjà connues depuis 30 ans : réduire le nombre d'heures de cours, raccourcir les vacances d'été, rendre le système moins élitiste ». « Le pouvoir politique le sait mais voudrait traverser le gué sans se mouiller [sur ces questions]. Le problème c'est que d'années en année, le débit du torrent augmente et que l'on est resté sur la même rive », regrette le secrétaire général du SNPDEN.

« Je terminerai sur la question du syndicalisme des corps intermédiaires », indique Philippe Tournier. « Les syndicats ne sont pas au-dessus des citoyens, ils n'ont pas non plus à jouer le rôle de force d'opposition politique, c'est pourquoi nous ne contestons pas la loi une fois qu'elle est votée. En revanche l'action du pouvoir politique doit se prolonger par un dialogue social », estime-t-il. « Notre évolution pose aussi certaines questions. Tous les membres du SNPDEN sont en poste et le périmètre de notre activité s'étend. Nous avons bien évolué depuis la définition de nos statuts il y a 20 ans », conclut Philippe Tournier.


Dépêche AEF n° 166493 du vendredi 11 mai 2012

Philippe Tournier réélu secrétaire général du SNPDEN-Unsa
Philippe Tournier est réélu secrétaire général du SNPDEN-Unsa avec 312 voix sur 317 suffrages exprimés (98,4 %), vendredi 11 mai 2012, lors du congrès du syndicat organisé du 7 au 11 mai à Lille (Nord). Philippe Tournier salue « les textes d'orientation » votés à cette occasion, notamment sur « le collège », « l'évaluation des enseignants », « le cadre statutaire » et « le mode d'accès au concours des personnels de direction ». « Nous ne sommes pas plus aujourd'hui une composante de la majorité présidentielle que nous n'étions hier une force d'opposition », rappelle-t-il.

Proviseur du lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), Philippe Tournier, 56 ans, occupe les fonctions de secrétaire général du syndicat depuis mai 2009. Il est adhérent au SNPDEN depuis 1988. Secrétaire départemental du Pas-de-Calais de 1992 à 1995, il devient secrétaire de l'académie de Lille (AEF n°114074) de 1996 à 2000, avant d'accéder au poste de secrétaire national de la commission pédagogique, qu'il occupera de 2000 à 2002.

UN CONGRÈS « GAZOUILLANT » SUR TWITTER

Philippe Tournier indique que le syndicat « commence à réfléchir » à l'évolution de son architecture. « Nous avons depuis quelques années un bureau national élargi aux secrétariats académiques, qui se réunit plusieurs fois dans l'année », explique-t-il. « Nous réfléchissons également à l'utilisation des nouvelles technologies, afin de mieux communiquer en interne et en externe ». D'ailleurs, poursuit le secrétaire général, « nous avons assisté à notre premier congrès 'gazouillant' avec beaucoup de tweets. Ainsi des adhérents pouvaient-ils suivre les débats des commissions sur twitter ».

Concernant l'affiliation d'ID à Force Ouvrière décidée la veille (AEF n° 166400), Philippe Tournier considère qu'il « s'agit d'une démarche purement pratique et utilitaire » de la part d'ID. « Ils étaient à la recherche d'une fédération qui veuille bien les accepter, mais on ne voit pas très bien [l'alliance de] l'un plus l'autre. Les positions de Force Ouvrière sur l'éducation sont très conservatrices », considère-t-il. Par ailleurs, dans la perspective d'un « corps de l'encadrement supérieur de l'Education nationale », le SNPDEN a adopté une motion afin d' « établir des contacts avec les syndicats Snia, Sien et A&I » de l'Unsa. Le SNPDEN avait déjà organisé en novembre 2011 un colloque intitulé « Avec moins peut-on encore faire bien ? Éducation, justice, santé, sécurité : l'encadrement des services publics face aux restrictions » avec ces mêmes syndicats (AEF n°158985).

Tous les candidats au bureau national ont également été élus. Voici la liste : Patrick Cambier, Fabien Decq, Florence Delannoy, Dominique Faure, Corinne Laurent, Gwénaël Surel, Philippe Vincent, Laurence Colin, Jean Faller, Lysiane Gervais, Philippe Girardy, Isabelle Gonzales, Joël Olive, Marc Perrier, Pascal Bolloré, Isabelle Bourhis, Christel Boury, Julie Bouvry (suppléante), Eric Krop, Alain Ouvrard, Michel Richard, Lydia Advenier, Pascal Charpentier, Rodolphe Echard (suppléant), Alain Guichon, Joël Lamoise, Véronique Titeux-Christophe, Maryannick Debuire (suppléante), Serge Guinot, Sylvie Pénicaut, Catherine Petitot, Jean-Marc Philippe.


Dépêche AEF n° 166540 du 14 mai 2012

Congrès du SNPDEN : le syndicat « exige le renforcement du contrôle des établissements privés »
« L'enseignement privé sous contrat est une réalité d'aujourd'hui financée par l'État, et je ne suis pas certain qu'un gouvernement s'y attaque un jour », déclare Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa à l'occasion du congrès du syndicat à Lille (Nord), le 11 mai 2012. « Ce statu quo revient en fait à un versement d'argent sans aucun contrôle. Or à argent public, contrainte de service public », estime le secrétaire général. C'est pourquoi l'organisation a voté ce même jour une motion de la commission « vie syndicale » dans laquelle le SNPDEN « exige le renforcement immédiat du contrôle des établissements privés par la puissance publique sur l'exécution des obligations liées à leur contrat ».

Selon Philippe Tournier, « l'enseignement privé perturbe le système » éducatif dans certains cas : « l'absence de mixité sociale », notamment dans les classes préparatoires qui ne sont pas soumises à la proportion de 30 % de boursiers, « des décisions d'exclusion prononcées sans conseil de discipline », « la carte de formation lorsque certains établissements créent des formations privées concurrentes de formations publiques qui ne font pas le plein ». « L'État finance lui-même son propre système de contournement », résume-t-il.

LETTRE AU PREMIER MINISTRE

Le syndicat prévoit d'envoyer au Premier ministre et aux parlementaires une lettre au sujet de la laïcité et de l'enseignement privé. Le SNPDEN leur « demande de [s']engager fortement pour faire vivre la laïcité dans le système éducatif », notamment « en mettant un terme à la concurrence déloyale des établissements privés sous contrat qui reçoivent des fonds publics », « en soumettant les établissements privés sous contrat aux mêmes règles et obligations que celles définies par le code de l'Éducation, en demandant l'instauration d'un observatoire par académie et d'une mission d'information parlementaire ». Le syndicat souhaite aussi que soit « limité réglementairement le financement par les collectivités locales aux seules dépenses obligatoires » et « supprimées les exonérations fiscales pour les cours particuliers ».

La motion votée lors du congrès indique que « les mêmes obligations doivent s'imposer aux établissements privés comme à ceux du public ». Ainsi le SNPDEN préconise que « les inscriptions des élèves se [fassent] selon les mêmes calendriers que dans le public. Elles devront obligatoirement être intégrées dans 'Affelnet' et aucun droit de préinscription ne sera demandé aux familles ». Le syndicat de personnels de direction veut que « les inscriptions dans les établissements privés sous contrat ou le retour des élèves vers un EPLE [se fassent] dans le respect des décisions d'orientation des chefs d'établissement ou des commissions d'appel ». Sur le plan de l'éthique, le SNPDEN indique que « les exclusions définitives [d'un établissement privé] doivent respecter les procédures disciplinaires en vigueur ». Autre revendication du syndicat : que « les établissements privés sous contrat participent à l'organisation des épreuves d'examen, comme centre associé à un centre situé dans l'EPLE le plus proche ».

UNE ATTRIBUTION « ÉQUITABLE » DES DOTATIONS

Concernant le financement de l'enseignement privé sous contrat, le syndicat recommande que « les collectivités territoriales ne [financent] pas de dépenses facultatives et encore moins d'investissement » et que « l'attribution des dotations d'enseignement se [fasse] de façon équitable, la part relative des établissements privés sous contrat ayant été fortement épargnée par une suppression en valeur relative moindre de 8 000 postes dans le cadre de la RGPP ».

En outre, pour le SNPDEN, « les établissements privés sous contrat [doivent être] intégrés dans le dispositif de présentation des contrats d'objectifs. Leurs dotations [doivent faire] l'objet d'une modulation en fonction du respect des mêmes propositions que les EPLE pour l'accueil des boursiers, des CSP défavorisées, des publics en difficulté ou des élèves en situation de handicap ». Quant à la formation des maîtres, elle « ne relève que des établissements publics d'enseignement supérieur ».
 


Entretien de Philippe Tournier – Touteduc Jeudi 10 mai 2012

Le SNPDEN dresse le tableau de la situation politique de l'Education nationale à la veille de l'alternance
Les personnels de direction ont ressenti un « soulagement » après l'élection de François Hollande. C'est du moins le terme qu'utilise Philippe Tournier, le secrétaire général du SNPDEN (le syndicat UNSA majoritaire). Il sera reconduit demain 11 mai, à l'issue du congrès de Lille. Le rapport d'activité a été approuvé par 94 % des votants et une seule liste se présente pour la direction de cette organisation qui a la culture du consensus.

ToutEduc : Comment voyez-vous le changement politique ?

Philippe Tournier : Nous sommes très conscients des contraintes budgétaires qui vont peser sur le nouveau gouvernement, mais aussi sur la diffculté de revenir sur certaines mesures qui sont des « poisons lents ». Je vois la loi TEPA comme « la morphine des suppressions de postes ». Beaucoup de nos établissements et de nos personnels, et parfois les plus engagés professionnellement sont aujourd'hui des addicts aux heures supplémentaires défiscalisées. Si on supprimait brutalement cette disposition, la rentrée 2012 n'aurait pas lieu. De même pour la carte scolaire. La rétablir reviendrait à demander aux élèves des quartiers défavorisés scolarisés en centre-ville de bien vouloir retourner dans leurs quartiers…

ToutEduc : Que demandez-vous au futur ministre ?

Philippe Tournier : Une politique compréhensible, cohérente et suivie. Il faut faire des choix. Dans quelques semaines, les élèves vont passer un brevet des collèges qui est devenu un mini-bac et valider un socle commun de connaissances et de compétences. Ce sont deux exercices totalement contradictoires. C'est l'un ou l'autre. Ou bien nous inscrivons le collège dans la logique du socle commun, hors de la compétition, ou bien nous sommes dans une logique de sélection.

ToutEduc : L'opinion publique et les intellectuels français sont plutôt dans une logique méritocratique…

Philippe Tournier : … et nous avons un système éducatif inégalitaires. Les résultats de PISA sont effrayants : les origines sociales marquent les résultats scolaires plus quaux Etats-Unis et en Angleterre, et plus qu'au Brésil ou en Turquie ! L'Ecole est pourtant trop souvent convaincue de sa supériorité morale. On s'est créé un récit, de type chamanique, sur le Savoir, avec un grand S, et les enseignants sont déchirés entre une construction un peu mystique et la réalité.

ToutEduc : Comment imaginez-vous un nouveau paysage scolaire ?

Philippe Tournier : D'abord, comme je le disais, le socle commun, sans exclusion ni compétition, mais la question d'éventuels établissements du socle commun est subalterne. Il ne faut pas commencer par ce qui fait polémique, mais apprendre à travailler ensemble… Ensuite s'ouvre pour les élèves une période où ils se distinguent les uns des autres, certains allant vers un CAP, d'autres vers un bac +3. Certains d'entre nous pensent d'ailleurs qu'on devrait leur laisser le choix de leur orientation. Quant au bac, si c'est un « monument », comme l'a dit Luc Chatel, il faut que la France demande son inscription au patrimoine immatériel de l'humanité ! S'il sert à écarter 10 ou 15 % d'élèves des études supérieures, on pourrait imaginer plus simple et même plus fiable.

ToutEduc : Vous évoquez un niveau « bac-3 à bac +3 », est-ce à dire que vous imaginez des établissements allant jusqu'à la licence ?

Philippe Tournier : Non, j'évoque les moments de l'enseignement de masse. De plus, je vous fais remarquer qu'un tiers des étudiants sont dans des lycées. Les premières années de licence ne sont pas des années universitaires au sens fort du terme, où la recherche a toute sa place. Il faut y réfléchir.

ToutEduc : Comment voyez-vous évoluer les rapports avec l'enseignement privé ?

Philippe Tournier : Au congrès de Biarritz, en 2009, nous avons adopté une position plus réaliste que les slogans sur les fonds publics pour l'enseignement public. Mais il n'est pas possible que des fonds publics permettent de contourner les politiques publiques. L'enseignement privé doit être soumis à des obligations de mixité, participer à des équilibres territoriaux, à la carte des options et des formations.

ToutEduc : Luc Chatel vient de réformer en profondeur la gouvernance du système éducatif…

Philippe Tournier : Nous avons surtout vu se développer une culture de l'irresponsabilité politique. On signe des textes, mais en étant convaincu que ce n'est pas si grave, que des filtres vont se mettre en place, et une régulation naturelle va opérer. Le ministère a de plus abandonné aux autorités locales tous les ennuis liés aux suppressions de postes : le centre est devenu redevable de sa périphérie. Il a beaucoup perdu de son prestige et l'encadrement a le sentiment d'avoir tout porté à bout de bras, on l'a laissé se débrouiller. Quant aux recteurs, ils appliquent comme ils l'entendent les décisions prises par le ministre. Il ne suffit plus d'obtenir un texte à Paris, il faut se battre à Lyon, à Lille, à Clermont-Ferrand, à Bordeaux, à Montpellier pour en obtenir l'application. Il nous faut réfléchir, sans urgence, à l'architecture de notre organisation syndicale.
Pour les recteurs, s'ils sont des représentants du ministre, révocables à tout moment comme les préfets, nous n'en voyons pas l'intérêt. Nous souhaitons qu'ils aient un mandat, de 3 ans par exemple, qu'ils soient formés… L'Education, comme la Santé, a besoin d'une gestion spécifique.

ToutEduc : Quelle place voyez-vous pour les collectivités territoriales ?

Philippe Tournier : Les compétences partagées, ça ne marche pas. Dans le quart des académies, les relations sont exécrables entre les autorités académiques et les collectivités territoriales. Le poids de l'Etat dans la dépense d'éducation n'est plus majoritaire, 55 % pour 35 % pour les collectivités territoriales. Mais nous ne sommes pas favorables à la régionalisation de l'Education nationale, alors qu'elle est déjà rongée par les inégalités. Il faut imaginer une autorité académique où les collectivités aient leur place.

ToutEduc : Et dans les établissements ?

Philippe Tournier : Les personnels de direction ne sont ni de simples supérieurs hiérarchiques, ni les patrons d'une entreprise, ni les syndics de la salle des profs, ils sont les leaders pédagogiques des établissements. Il n'est donc pas choquant que leur soit confiée la responsabilité de l'évaluation des enseignants, à condition que cette évaluation porte sur leur contribution à la vie de l'établissement. Pour que cette évaluation se transforme en gestion de carrière, en impact financier, il faut un regard croisé avec l'inspection.

ToutEduc : Puisque vous parlez des enseignants, comment sentez-vous les évolutions de ces dernières années ?

Philippe Tournier : La baisse considérable de leur participation aux élections professionnelles ne s'explique pas seulement par un changement de modalités du vote. Le syndicalisme enseignant a été très affaibli ces dernières années, marquées par une paix sociale morose. En revanche, les nouveaux personnels de direction se syndiquent fortement.

ToutEduc : Revenons pour conclure à l'immédiat. Que demandez-vous au futur ministre ?

Philippe Tournier : De ne pas toucher à la réforme du lycée, il faut laisser du temps au temps. Même si l'Etat n'a pas tenu ses promesses, et nous a laissés nous débrouiller, cette réforme, qui a reçu un avis positif du CSE [Conseil supérieur de l'Education], permet que dans les conseils d'administration, on parle de pédagogie ! En revanche, la situation des collèges est catastrophique, il faut une réforme drastique, qu'on dise ce qu'on attend de ce niveau d'enseignement, et qu'on voie de quoi on a besoin pour le faire.
(Le texte de cet entretien a été relu par Ph. Tournier, et reprend certains éléments du discours qu'il a prononcé pour l'ouverture du congrès).