Article d’Anne Eberlé, Commission Vie syndicale

(L’Essentiel 2020 / Hors-série Direction Mai 2020)

Quel cadre syndical n’a jamais entendu cette petite phrase prononcée soit par certains adhérents en mal d’explications sur les différentes positions de l’organisation syndicale, soit par d’autres, plus critiques, sur l’action syndicale qu’ils n’estiment pas assez ceci ou trop cela ?

Syndicat progressiste et réformiste, le SNPDEN est porté par des individus, plus ou moins actifs, qui certes partagent le même métier mais restent, individuellement, différents. Pour que cette organisation vive et perdure, elle doit pouvoir compter sur des individus prêts à s’engager. On peut alors déterminer l’implication des membres du syndicat selon l’approche de Meyer et Allen [1]. Certains développeront une « implication affective » dans le sens où elle réfère à un attachement émotionnel, psychologique, à une identification. « L’individu adhère fortement aux buts et valeurs de l’organisation, il exprime une orientation active et positive envers l’organisation, il souhaite s’investir et lui rester fidèle [2] ». On retrouvera dans cette catégorie une majeure partie des cadres du SNPDEN-UNSA. D’autres adopteront une « implication calculée ou de continuité » qui fait référence à « la conscience qu’à l’individu des coûts et désavantages associés au fait de quitter l’organisation : à partir d’un choix raisonné, les individus jugeant plus opportun de rester fidèles au réseau que de le quitter ». On retrouve dans cette catégorie, les personnels de direction à la recherche d’un syndicat de services mais peut-être aussi certains cadres (opportunisme ?). Enfin, certains personnels de direction, et plus particulièrement les chefs d’établissement débutant dans la carrière, peuvent s’inscrire dans une « implication normative » qui se réfère « au sentiment d’obligation », à une norme sociale invitant à être syndiqué dès lors que l’on entre dans l’Education nationale (implication normative qui peut prévaloir dans la première carrière du personnel de direction).

Quoi qu’il en soit, le SNPDEN, c’est toi, c’est moi, c’est nous, les principaux et principaux adjoints, les proviseurs et proviseurs adjoints, les directeurs d’EREA, que nous soyons titulaires, faisant-fonction ou retraités.

Alors, comment savoir ce que fait le SNPDEN et comment participer à la vie syndicale ?

Des instances mais surtout de l’humain

Le SNPDEN c’est une organisation avec ses instances. Au-delà de leur caractère réglementaire, ces temps sont avant tout des moments de rencontres et d’échanges, car le SNPDEN c’est toi, c’est moi, c’est nous.

Les assemblées générales académiques (AGA) et départementales (AGD), et bientôt des grandes académies peut-être, sont autant d’occasion de se retrouver pour s’informer, débattre, réfléchir à sa pratique, tisser des liens avec des pairs à différentes échelles territoriales… et partager un moment de convivialité.

Conscients de cette nécessité de créer du lien, les cadres syndicaux organisent de nombreuses autres actions ouvertes à tous les adhérents : des formations, des réunions thématiques, et même des oraux blancs pour accompagner les futurs collègues avant leur entrée dans le métier.

Parce que notre métier isole, les réunions syndicales sont autant de moyens de connaître son voisin, discuter avec « ses » représentants, partager ses difficultés et trouver du soutien et des conseils, notamment pour la gestion de sa carrière avec le concours des commissaires paritaires.

 Du département au national

L’organisation du SNPDEN est pensée pour permettre à notre syndicat d’être un véritable porte-parole des demandes, attentes, idées des personnels de direction. Chaque adhérent peut participer aux différentes instances locales et sa parole sera portée par ses représentants jusqu’à l’échelon national, notamment lors des conférences nationales au cours desquelles les secrétaires académiques (SA) (et les secrétaires départementaux (SD) lors de la conférence élargie) rapportent aux représentants nationaux le pouls des personnels de direction.

Les SA et SD sont les acteurs de la construction de la politique syndicale et cet ancrage local est l’un des principaux atouts du SNPDEN.

De l’information par la communication

Le SNPDEN permet à ses adhérents, grâce à différents canaux de communication, de rester informés, au contact de l’actualité à travers le prisme syndical : une revue Direction avec un rythme de publication de 6 numéros par an, la Lettre hebdomadaire (L’Hebdo) tous les mercredis et ses déclinaisons locales des lettres de directions académiques, départementales, à l’initiative des SA et SD, et enfin le site Internet, renouvelé cette année, avec son forum pour trouver des informations par thématiques ou des outils.

Le rôle des représentants du SNPDEN

Les cadres syndicaux sont avant tout des collègues et c’est bien là la force du SNPDEN. Oui, tous sont en exercice et tous partagent le même quotidien que les adhérents.

Le SNPDEN, ce sont des femmes et des hommes qui donnent de leur temps et assument le rôle de négociateurs au sein des différentes instances dans lesquelles ils siègent, à différentes échelles : départementales, académiques, régionales, inter-académiques ou nationales.

Rappelons que le représentant syndical ne revendique pas pour lui-même, mais au nom d’un collectif, avec des mandats publiquement revendiqués face aux autres acteurs, et dont il doit rendre compte.

Boltanski et Thévenot [3] recensent les grands « principes » qui prévalent dans une logique de « justification ». Ils en déterminent six qu’ils nomment « cités », nous n’en retiendrons pour notre part que trois qui intéressent plus particulièrement le SNPDEN.

  • La « cité civique » reprend le principe supérieur commun de la représentativité. Le représentant syndical parle au nom d’un collectif (il est mandaté), c’est ce qui fait sa grandeur et justifie ses prétentions.
  • La « cité domestique » renvoie à la notion de « l’engendrement depuis la tradition ». Cette justification apparaît « chaque fois que la recherche de ce qui est juste met l’accent sur les relations personnelles entre les gens ». Ce principe s’appuiera fortement sur des valeurs comme la fidélité ou la loyauté. L’administration pourra ainsi user de la cité domestique pour asseoir sa domination sur les fonctionnaires que sont les personnels de direction et tenter ainsi de limiter les interventions du SNPDEN. Pourtant, c’est précisément parce que nous sommes fonctionnaires, attachés aux valeurs de la Cité, que nous travaillons pour Elle. Cela peut engendrer des conflits de loyauté qui ne peuvent être extériorisés, et entendus, que grâce à la voix syndicale.
  • La « cité de l’opinion » rejoint la notion de renommée, notoriété. On fera valoir que l’on a raison car on est quelqu’un de (re)connu.

Chaque cité représente donc une « logique de justification » mobilisable dans certaines situations pour asseoir les prétentions des uns et des autres. En fonction de l’« épreuve » qu’il affrontera, le représentant syndical optera pour une cité plutôt qu’une autre. Ainsi, le SNPDEN-UNSA mobilisera la cité de l’opinion pour faire adhérer un personnel de direction qui aurait quelques hésitations entre le SNPDEN-UNSA et un autre syndicat. De même, il mobilisera la cité civique dans la recherche d’un accord avec l’institution (alors même que la cité domestique pourrait le contraindre à une certaine soumission). Le représentant syndical doit parfois renoncer à recourir à l’une des cités au profit d’une autre. Un commissaire paritaire par exemple est représentatif d’un collectif (cité civique). Lorsqu’il siège lors de la commission de mutations, il est garant du principe de justice et d’égalité de traitement des dossiers des personnels de direction. Cette représentativité l’oblige à renoncer aux liens qu’il peut entretenir avec l’un des candidats à mutation et ne pourra privilégier son ami (renoncement à la cité domestique) bien que donnant priorité à un adhérent du SNPDEN-UNSA (utilisation de la cité domestique). Rappelons tout de même ici que c’est bien le ministère qui fait le mouvement et non le SNPDEN.

L’espace de négociation du SNPDEN-UNSA se situe donc entre le niveau de satisfaction maximal des mandants (ce qui serait idéal d’obtenir pour eux), la proposition maximale attendue de la partie adverse (ce que l’administration, compte-tenu du rapport de force, finira par octroyer) et le niveau maximal escompté au regard de son propre pouvoir de négociation (ce qu’il sera possible d’obtenir). Le SNPDEN-UNSA justifie ses prétentions et tient sa légitimité du fort taux de syndicalisation des personnels de direction (cité civique) et des victoires (électorales, acquis en termes de carrière, défense de l’autonomie de l’EPLE, etc.) qu’il a remportées (cité de l’opinion). Cela lui permet, dans le cas d’une négociation avec l’Administration, de se soustraire à la seule cité domestique qui pourrait alors réduire sa force d’intervention.

Tout ce travail exige des cadres syndicaux un fort engagement qui les amène à nouer des liens particuliers avec l’Administration. Ils avancent sur une ligne de crête : ni connivence, ni collusion mais une éthique. Maintenir le dialogue, être force de proposition, rester à la table des négociations autant que possible, mais pas à tout prix non plus, comme l’a montré en décembre 2018 notre délégation menée par Philippe Vincent et Laurence Colin lors de la CAPN sur les promotions. Les jeux d’acteurs, les tentatives de déstabilisation, voire les mises sous pression, sont une réalité que connaissent bien les cadres syndicaux. Et pourtant, ces femmes et ces hommes continuent à défendre les intérêts de notre profession et les valeurs qui nous unissent : liberté, égalité, laïcité…

Chaque représentant syndical habite sa fonction avec sa personnalité mais tous œuvrent au service du collectif. Les femmes et les hommes qui portent les actions s’exposent personnellement et malgré leur implication affective dans le militantisme syndical, la charge qu’ils assument est de plus en plus lourde et le burn-out guette parfois certains d’entre eux.

Ma place en qualité d’adhérent

En adhérent au SNPDEN, chacun a toute légitimité pour participer à toutes les actions et réunions proposées par le SNPDEN. Les représentants du SNPDEN sont à disposition mais le SNPDEN a aussi besoin de chacun pour rester représentatif des personnels de direction.

  • Adhérer au SNPDEN, c’est croire en des valeurs telles que la Laïcité, l’égalité hommes femmes, l’humanisme. En 2004, c’est le SNPDEN qui a fait un travail de lobbying auprès des politiques pour aboutir à la promulgation de la loi sur le port de signes ostensibles. C’est toujours cette loi qui fait référence 16 ans plus tard. Dans ses statuts et règlements récemment (mettre la date plutôt) réécrits, il a inscrit l’égalité hommes femmes comme principe incontournable…et il s’est donné les moyens de l’appliquer. Il conduit désormais des réflexions pour comparer, analyser et rectifier les évolutions de carrière hommes femmes.
  • Adhérer au SNPDEN, c’est être accompagné tout au long de sa carrière. Le SNPDEN a beaucoup contribué à ce que de 3 classes en 1988, le corps désormais n’en compte plus qu’une avec une progression de carrière continue. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un professeur des écoles entré il y a quelques années dans la fonction termine personnel de direction avec le grade et la rémunération d’un agrégé hors classe. Cette évolution était inimaginable il y encore 20 ans. Le SNPDEN travaille désormais aux pourcentages de passage à la hors-classe mais aussi au corps unique de l’encadrement, avec des perspectives de carrière dans d’autres corps ou d’autres ministères.
  • Adhérer au SNPDEN, c’est croire en la richesse de la diversité et en la force du collectif.  Tous les mandats, toutes les positions, sont pris lors des congrès, des conseils nationaux ou dans les assemblées départementales et académiques. Le SNPDEN privilégie ce qui nous rassemble. Collectivement, il cherche toujours à dégager une ligne de force dans les nombreuses et différentes expressions qui émergent lors des débats. Et, lors de ses congrès, toutes les remontées des académies et départements sont présentées, discutées et travaillées.
  • Adhérer au SNPDEN, c’est appartenir à une grande fédération syndicale progressiste.  Présent là aussi dans toutes les instances de sa fédération l’UNSA-Éducation, mais aussi à travers elle l’UNSA, le SNPDEN entend peser sur le paysage syndical au sein d’une fédération ouverte, progressiste, autonome et qui croit elle aussi aux bienfaits du dialogue social.
  • Adhérer au SNPDEN, c’est défendre un seul et même corps de personnel de direction, quels que soient le type d’établissement, la fonction. Depuis 25 ans, le SNPDEN n’a cessé, malgré les tentations aussi bien externes qu’internes, de défendre un seul corps de personnel de direction, quelle que soit la fonction, adjoint ou chef, et quel que soit le type d’établissement. Il croit en une seule catégorie : celle des personnels de direction d’EPLE, au-delà des tailles, types d’établissement ou fonctions qui conduisent régulièrement à des problématiques différentes. Il croit que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise, et cela a été constamment sa ligne de conduite.
  • Adhérer au SNPDEN, c’est croire à un grand corps de l’encadrement de l’Éducation nationale. Au SNPDEN, nous pensons qu’une évolution sur la fusion des différents corps de l’encadrement de l’Education nationale est nécessaire. Des freins historiques existent mais les conditions réelles de fonctionnement de nos établissements conduiront tôt ou tard à la réunion des corps d’encadrement : inspection et direction. La différence se fera alors entre encadrement de terrain et encadrement didactique. Le modèle qui a présidé, et qui trouve ses racines dans une dualité entre pédagogues et administratifs, n’a plus de raison d’être avec le statut des EPLE qui introduit la notion de direction pour supplanter celle archaïque d’administration.

Parce que le SNDPEN, c’est toi, c’est moi, c’est nous.


[1] Meyer, J., Allen, N.J., 1997, Commitment in the workplace: Theory, Research and Application,

Sage Publications.

[2] Fournier, S. (2015). Les Pratiques managériales dans les EPLE et implication des enseignants.

Gestion et management public, volume 3 / 4, (2), 27-48. doi:10.3917/gmp.034.0027.

[3] Boltanski, L., & Thévenot, L. (1991). De la justification. Les économies de la grandeur. Paris :

Gallimard.