La conviction qui anime cet article est que diriger un EPLE est une responsabilité d’autant plus singulière que sa nature et sa finalité sont, par essence, éducatives. Je m’attacherai donc – avec prudence – à mettre en évidence quelques pistes qu’il peut être utile d’explorer dans l’exercice d’un métier aussi exigeant que passionnant. 

Construire son autorité
 

Une fois le label « perdir » posé sur le front et le galon de supérieur hiérarchique cousu sur l’épaulette, tout reste à conquérir, notamment l’essentiel, à savoir l’autorité : cette capacité à se faire obéir sans recourir à la contrainte. En effet, avant d’être fonctionnelle, l’autorité est naturelle au sens qu’elle émane de la personne. L’autorité « oblige » avant d’obliger. Elle « s’impose » avant d’imposer. Par ailleurs, elle est d’autant plus légitime qu’elle s’appuie sur des actes cohérents posés au quotidien. Elle se construit progressivement, fruit de multiples expériences, heureuses et malheureuses.L’art de diriger un EPLE est l’art de ne pas se croire supérieur aux autres. 

Se connaître soi-même
 

Cette célèbre maxime attribuée à Socrate a le mérite de mettre l’accent sur ce qui est au cœur de notre métier : la matière humaine. Mais comment travailler avec les autres sans d’abord travailler sur soi ? Concrètement, cela signifie qu’il est certainement utile :- d’apprendre tout autant à s’occuper de soi que de s’occuper des autres,- d’apprendre à travailler la lucidité tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.Cette démarche est exigeante. Elle implique de poser sur sa pratique un regard distancié et de se méfier des recettes et des réponses standardisées. Elle nécessite, tout à la fois, de ne pas rester isolé et de ne pas chercher hors de soi ce qu’il convient de faire.L’art de diriger un EPLE est l’art de se mettre en questions. 

Être cohérent
 

Parce qu’il incarne une fonction et une institution, le chef d’établissement est l’objet de toutes les attentions (au premier sens du terme). Il suscite d’abord des interrogations aussi incontournables que basiques : « Est-il poli, ponctuel ? Parle-t-il simplement et respectueusement ? Se fait-il comprendre ? Sa tenue est-elle soignée ? Est-il facilement abordable ? »Puis des questions plus élaborées : « S’attache-t-il à résoudre les problèmes ? Ses décisions sont-elles compréhensibles ? Est-il exemplaire dans son comportement ? Dit-il ce qu’il fait ? Fait-il ce qu’il dit ? »L’art de diriger un EPLE est l’art d’inspirer confiance et respect. 

Donner de sa personne
 

Evitons l’excès en parlant de vocation ou de sacerdoce. Invitons plutôt à la recherche d’un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Cependant, être chef d’établissement n’est pas un métier que l’on peut pratiquer… à reculons. Écouter, rassurer, encourager, expliquer seront au menu du quotidien. Par ailleurs, sous peine de discrédit, impossible de se défausser sur son équipe ou sur l’institution quand chacun attend que le chef prenne ses responsabilités et les assume personnellement.L’art de diriger un EPLE est l’art de se montrer courageux. 

Parier sur l’intelligence collective
 

C’est, à mon sens, la seule façon – heureuse et efficace – de travailler dans un établissement.Heureuse, car la contribution de chacun est recherchée et valorisée. Efficace, car le cercle vertueux « je donne donc je reçois » (et inversement) bénéficie à tous et en premier lieu aux élèves.Dans cette dynamique, la responsabilité du chef d’établissement est de présenter les enjeux, clarifier les missions, encourager les regards croisés, solliciter les expertises et enfin garantir la mise en œuvre du projet dégagé. Mais travailler en équipe ne se décrète pas. Il lui faudra sans cesse, et dès le premier jour, combattre les inerties, vaincre les résistances, convaincre les sceptiques, entraîner et fédérer les équipes… sans omettre de se montrer patient et tenace, avec l’espoir de résultats rarement immédiats, souvent aléatoires mais toujours gratifiants.L’art de diriger un EPLE est l’art de valoriser le travail des autres. 

Diriger à la baguette… à la manière du chef d’orchestre
 

C’est-à-dire tirer le meilleur de chaque soliste pour que l’ensemble soit le plus harmonieux possible ! Ce qui implique de s’intéresser à chaque famille d’instruments tout en veillant à la cohésion générale.La comparaison avec le métier de « perdir » est aisée à faire et les déclinaisons concrètes faciles à lister. Mais là n’est pas l’essentiel. Car, comme a pu le dire le célèbre chef d’orchestre Herbert von Karayan : « Il faut savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l’orchestre ! » En effet, quelle est l’utilité de la baguette sans les regards exigeants et bienveillants de celui qui dirige et sans sa gestualité communicative ?L’art de diriger un EPLE est l’art de communiquer son enthousiasme. 

Conclusion
 

On voit donc que cette modeste contribution dessine les contours d’une fonction qui exige une solide colonne vertébrale permettant de tenir debout et d’aller de l’avant. Une autre image peut être utilisée, celle de l’arbre qui tire sa force de la profondeur de ses racines.Et si l’art de diriger un EPLE était, avant tout, l’art de rester fidèle aux valeurs du pédagogue et de l’éducateur? 

Marc PERRIER

Bureau national

marc.perrier87@gmail.com