Visio avec le Ministre – Lundi 05 janvier 2026
Retranscription organisée de la prise de parole du Ministre
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- Chapitre 1 — Ouverture : contexte et déroulé
- Chapitre 2 — Vœux et reconnaissance
- Chapitre 3 — Cap républicain : confiance et autonomie
- Chapitre 4 — Priorité 1 : efficacité pédagogique
- Chapitre 5 — Priorité 2 : inégalités et grande difficulté
- Chapitre 6 — Priorité 3 : santé mentale et écrans
- Chapitre 7 — Conclusion : attachement à l’École
Chapitre 1 Ouverture de la visioconférence : contexte et déroulé Cliquez pour dérouler ▾
Mesdames et messieurs les recteurs, les directeurs académiques, et surtout mesdames et messieurs les personnels de direction, je suis très heureux de vous retrouver. Alors, pardon, parce que c’est à distance, mais comme vous êtes environ 18 000, la distance rend l’exercice nécessaire. Je ne vous cache pas que je voulais le faire un petit peu avant, et puis, pour des raisons de contraintes, pour être tout à fait franc avec vous, budgétaires, ça n’avait pas été possible. Mais on a réussi à faire en sorte que ce le soit enfin et, évidemment, je m’en réjouis.
Je voulais partager avec vous, dans cette configuration et si vous le voulez bien, au-delà des quelques collègues que j’ai pu rencontrer ces deux derniers mois lors de mes déplacements, un petit peu le cap et la vision que je souhaite pour ce ministère. Et donc, ce que je vous propose, c’est que je vais vous présenter un petit peu la façon dont je vois les choses, les grandes priorités qui vous concernent, et l’état d’esprit général.
Ensuite, je me permettrai de donner la parole aux représentants des trois organisations syndicales représentatives pour les personnels de direction, respectivement le SNPDEN-UNSA, ID-FO et la CFDT, sachant que, par ailleurs, vous pouvez dès maintenant, dans le chat, poser vos questions. Il se trouve que j’ai une tablette devant moi qui me permettra de les lire et donc d’y répondre, en léger différé, le temps que vous les posiez et que je vous réponde, après les trois interventions du SNPDEN-UNSA, d’ID-FO et du SGEN-CFDT, si cela vous va.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 2 Vœux et reconnaissance du rôle des personnels de direction Cliquez pour dérouler ▾
En ce début d’année, même ce premier jour de l’année, je me permets d’espérer que vous avez tous pu reprendre dans les meilleures conditions aujourd’hui, et je voulais surtout vous adresser mes vœux : mes vœux personnels d’abord, évidemment mes vœux de santé avant toute chose, et tout simplement d’épanouissement dans vos fonctions, et puis des vœux pour les communautés éducatives que vous pilotez chaque jour dans vos établissements. Si je vous parle aussi en ce premier jour civil de la nouvelle année scolaire, c’est parce que je voulais vous remercier et vous dire que je sais ce qu’on vous doit. Ce sont peut-être des mots que vous n’avez pas toujours l’habitude d’entendre, mais je fais partie de ceux qui savent ce qu’ils doivent à leur chef d’établissement.
Vous savez que le ministère de l’Éducation nationale n’est pas un ministère qui m’est totalement inconnu. J’ai fait l’expérience, ces dernières années, de manière très régulière, dans des fonctions différentes, de l’engagement qui était le vôtre. Je sais pertinemment qu’à la fois, de manière générale, la bonne marche du système éducatif, mais aussi le portage des réformes chaque fois qu’il y en a eu, vous doit énormément, tout simplement parce que vous êtes le cœur de la réaction entre le ministère, les élèves, les familles, les collectivités territoriales et, surtout et évidemment, les collègues.
Je sais aussi les qualités que cela suppose, l’équilibre subtil que supposent vos fonctions : des qualités de pilotage, d’exigence pédagogique, le courage aussi — et, malheureusement, parfois, certains de nos collègues vivent plus durement que d’autres la nécessité de ce courage —, le courage pour, chaque jour, faire vivre les valeurs qui nous fondent contre ceux qui, éventuellement, seraient tentés de les remettre en question, et, à la fin, faire vivre l’espérance et la confiance qui est la nôtre dans l’école de la République.
Cela suppose, par conséquent, et je vous le dis avec beaucoup d’humilité, de conviction et de fermeté aussi, que l’ensemble de l’institution – et j’ai autour de moi les directeurs des centrales, mon directeur de cabinet, le secrétaire général, et puis évidemment les recteurs, les DASEN, etc. – soit à chaque fois derrière vous. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs d’entre vous quand ils avaient été confrontés à des difficultés ces deux derniers mois. Sachez que, pour moi, c’est absolument acquis et non négociable : vous avez ma confiance absolue et, tant que je serai Ministre, vous aurez mon soutien absolu.
Pardon de commencer par ces mots, mais il me semble important de le dire en bonne et due forme : je sais ce que la maison Éducation nationale vous doit, et donc ce que la société vous doit.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 3 Cap républicain et état d’esprit : confiance et autonomie Cliquez pour dérouler ▾
Au-delà, ou peut-être plutôt en deçà, compte tenu de l’importance du rôle que vous jouez, je voudrais partager avec vous le cap pour les périodes qui s’ouvrent. Évidemment, j’ai conscience que, comme je suis le septième ministre de l’Éducation nationale en deux ans et demi, cela pourrait conduire certains d’entre vous à esquisser un sourire du coin de l’œil en vous disant : « Fixer un cap en étant le septième, que dit-il ? » Mais précisément, je crois que ma situation m’autorise non seulement à fixer un cap, mais à réfléchir à long terme, au-delà des questions de budget sur lesquelles je reviendrai, sur ce que doit être le cap de notre maison.
Pour moi, le cap tient à plusieurs choses. Il tient d’abord à ce qu’est, dans le fond, le projet républicain et l’école de la République, qui sont pour moi le meilleur antidote à toutes les forces centrifuges que l’on connaît actuellement, auxquelles notre pays peut être confronté, auxquelles notre monde, d’ailleurs, peut être confronté. Il y a un certain nombre de fractures que tout le monde peut voir.
Notre école et notre République se définissent par notre destinée partagée. Tous les jours, ce qu’on fabrique, en réalité, c’est notre destinée commune. La République n’assigne jamais les gens à leur histoire personnelle et singulière. La seule chose à laquelle elle nous assigne collectivement, c’est une destinée partagée entre individus libres, égaux et fraternels. Voilà ce qu’on sert. Et il y a des moments où c’est important, parfois, de le rappeler.
Une fois qu’on a cette colonne vertébrale, une fois qu’on sait ce que la maison nous apporte, il y a l’état d’esprit qui lui est associé. Pour construire cette école qui, par conséquent, fait reculer l’ignorance, transmet l’esprit critique, instruit aussi en termes de démarches scientifiques, transmet des savoirs, un rapport à l’autre, une ouverture au monde et à l’altérité, il faut un état d’esprit de l’institution dans son ensemble et dans son mode de fonctionnement.
Mon état d’esprit est très clair. J’ai eu l’occasion de l’exposer à vos représentants lorsque je les ai vus à la fois individuellement et collectivement. Mon état d’esprit, je vous l’ai rappelé au tout début, c’est que j’ai une confiance absolue en vous, et que je pense que l’autonomie des établissements n’est pas un vain mot. Autrement dit, autant je crois au caractère commun, national, partagé, d’un niveau d’exigence et d’un cadre général, évidemment, d’instruction et d’enseignement, autant je ne crois pas forcément à l’uniformité des modalités, parce que, fondamentalement, c’est vous et vos communautés éducatives, vos équipes pédagogiques, qui savez finalement quels sont les meilleurs leviers.
C’est pour cela que je eu l’occasion de le dire très tôt lors de ma prise de fonction : je n’ai pas l’intention de vous imposer ou de vous proposer de nouvelles réformes organisationnelles pour la rentrée 2026. La rentrée 2026 sera comparable à la rentrée 2025 pour vous, parce que je crois que la priorité absolue, ce n’est pas que notre énergie soit siphonnée dans la mise en place de nouvelles organisations ou de nouvelles réformes, mais que notre énergie soit concentrée sur ce qui est notre cœur de métier : instruire et protéger. Et, autant on a évidemment des priorités qui se traduisent en termes de pilotage par des choses sur lesquelles vous pouvez être amené à mettre l’accent et à vous engager en particulier, autant on ne peut pas se permettre, pour être clair, qu’à chaque mois de décembre, on vous demande de préparer une rentrée suivante différente de la rentrée que vous venez d’accomplir.
Voilà l’état d’esprit général : la confiance dans votre autonomie, dans votre capacité à faire face.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 4 Priorité 1 : efficacité pédagogique et réussite de tous Cliquez pour dérouler ▾
Une fois qu’on a dit cela, j’ai donc peut-être quelques priorités à partager avec vous.
La première priorité ne vous surprendra pas : c’est la question de la qualité, ou de l’efficacité pédagogique, de notre système éducatif. Certains diraient du « niveau scolaire général ». C’est la même idée : comment faire en sorte de faire progresser tous nos élèves et de les emmener le plus loin possible, au bout de leur potentialité, ce qui est notre vocation ?
Vous connaissez tous les résultats aux évaluations nationales, je ne vais pas y revenir. L’effort fait depuis 2017 s’est traduit par une augmentation régulière des progrès régulier dans le premier degré. Mais vous savez comme moi, et vous l’observez dans vos classes, que dans le second degré, les résultats de nos élèves sont préoccupants. J’en veux pour preuve encore cette année, en 5e : les évaluations nationales ont montré qu’il y avait quasiment un élève sur deux en difficulté, à tel point qu’il n’atteint pas un niveau satisfaisant en français.
Cette situation n’a rien d’une fatalité. Rien. Tous les jours, vous le démontrez avec vos équipes : quand on trouve et qu’on active les bons leviers, des leviers adaptés à la réalité scolaire de son établissement, on arrive à faire bouger les lignes, pourvu que ces leviers existent et qu’on ait la liberté de le faire. Et donc, indépendamment de ce que vous ferez dans vos établissements, j’ai un certain nombre de priorités pour cette année, et surtout pour la rentrée prochaine, au titre de ce premier objectif.
La première mesure, c’est mener à bien la réforme de la formation initiale dont vous savez qu’elle va permettre de recruter des professeurs en L3, qui ensuite feront un master en étant rémunérés, puis prendront leurs fonctions, ce qui devrait permettre d’avoir des professeurs mieux formés, mieux outillés, plus institués aussi dans leurs fonctions.
La deuxième, c’est la question de l’accompagnement renforcé en 6e et 5e, et par conséquent des groupes de besoins. Sujet qui vous a beaucoup mobilisés, je le sais, et je vous en remercie. Ma ligne, qui découle directement de la philosophie que j’ai exprimée tout à l’heure et de la vision qui est la mienne, c’est que ces groupes de besoins ont été implantés dans les établissements et, dans un certain nombre de cas, ils fonctionnent parce que la réalité scolaire des élèves d’un côté, l’organisation des équipes pédagogiques de l’autre, fait que cela a fonctionné. Nous avons des retours de la DEEP, de l’inspection générale, qui montrent qu’il y a des endroits où cela fonctionne, et où cela fonctionne plutôt bien, avec des résultats positifs pour les élèves.
Il y a d’autres endroits où ce n’est pas le cas, où cela ne s’est pas installé. Ma ligne est très claire : lorsque cela fonctionne, ou lorsque vous souhaitez, avec la communauté éducative, installer des groupes de besoins : vous le faites, parce que cela veut dire que cela marche. Lorsque cela ne correspond pas à vos réalités scolaires, ou que cela n’a pas d’effet, vous devez avoir la capacité à vous organiser autrement.
Il y a actuellement un texte qui sera examiné en CSE, au Conseil supérieur de l’éducation, à la fin de la semaine, et qui doit permettre d’introduire cet assouplissement. Il ne s’agit pas de dissuader ceux qui veulent le faire ou ceux chez qui cela fonctionne ; il s’agit simplement de vous donner la main, une main plus large, pour coller aux réalités de vos établissements et de vos territoires respectifs.
Et puis, le troisième ensemble de mesures sur lesquelles on aura l’occasion de se revoir, ou en tout cas de travailler ensemble au cours des prochains mois et avec vos représentants, c’est aussi d’entretenir et de cultiver l’excellence. Vous savez que nos élèves excellents sont aujourd’hui beaucoup moins nombreux qu’ils ne l’étaient il y a 15 ou 20 ans. Toutes les évaluations internationales le confirment. Nous avons une chute des élèves en très grande maîtrise. Nous avons vocation à pousser les meilleurs, pas pour le plaisir, mais parce qu’il faut permettre à chacun d’aller au bout de ses potentialités.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 5 Priorité 2 : réduction des inégalités et lutte contre la grande difficulté Cliquez pour dérouler ▾
Le deuxième grand axe, et je n’en ai trois, sur lesquels je souhaite concentrer mon effort, c’est la réduction des inégalités scolaires, et en particulier la lutte contre la très grande difficulté scolaire.
Nous avons aujourd’hui, et vous le savez, 15 % des établissements dans lesquels 35, 40, 45 % voire plus des élèves ont moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au diplôme national du brevet. Il ne s’agit pas d’en avoir une interprétation « dolosive » pour les équipes, mais c’est un état de fait, installé durablement, et dont on ne peut pas se contenter. La réalité, si on regarde aussi en matière d’orientation, la probabilité pour un élève qui entre en sixième dans un collège d’être orienté en troisième en voie professionnelle varie de 0 % à 73 % selon les établissements. Ce sont des inégalités sociales, territoriales, scolaires, que nous connaissons tous.
Mon souhait n’est pas d’apporter une réponse uniforme, unanime, universelle pour tout le territoire national, avec une espèce de toise dans laquelle chacun serait prié de passer. Mon souhait, c’est de concentrer l’effort et de reprendre les choses à 360 degrés dans ces 800 collèges concernés, en partant de vous, les chefs d’établissement, et de vos équipes pédagogiques.
Vous avez sans doute vu que j’avais signé une instruction la veille des vacances au BOEN. Et, pour ceux d’entre vous qui sont concernés, je vous verrai le 12 janvier, vous, les chefs d’établissement des 800 collèges concernés, pour qu’on ait un temps d’échange là-dessus. Très clairement, je souhaite qu’on concentre l’effort sur ces établissements confrontés à la très grande difficulté scolaire, et, en réalité, pour lesquels nous n’avons pas véritablement pensé, historiquement, une réponse spécifique. On a pensé des réponses sociales quand ils sont en éducation prioritaire, on a pensé parfois des réponses universelles ; je viens de mentionner les groupes de besoins, sur lesquels je vais assouplir les choses. On n’a pas forcément concentré l’effort sur la grande difficulté scolaire : il faut pouvoir aider ces établissements.
D’autres formes d’inégalités méritent aussi notre attention, notamment les inégalités filles-garçons, en particulier en matière scientifique. Je connais les conditions dans lesquelles vous avez été amenés à vous mobiliser sur le plan « filles et maths » en début d’année. Là aussi, ce qui compte, ce n’est pas l’uniformité des modalités ou du calendrier : ce qui compte, c’est le niveau de résultat.
Moi, je vous fais confiance. Vous savez, dans vos établissements, ce qui marche le mieux, non pas au sens coercitif du terme, pour convaincre au sens positif du terme : faire prendre conscience à des jeunes filles qu’elles sont faites pour les sciences et qu’elles peuvent y accéder comme les autres, comme les garçons de leur classe ou de leur établissement. Je ne vous demande pas de le faire pile poil à tel jour ou à telle heure ; ce qui m’intéresse, c’est que collectivement on se mobilise, parce qu’on ne veut pas se priver de 50 % des cerveaux disponibles, dans aucune discipline. Aujourd’hui, c’est à la fois générateur d’inégalités en termes de représentation, de destinée et en termes sociaux, mais c’est aussi extrêmement préjudiciable à long terme pour notre Nation. Et de ce point de vue-là, vous avez là aussi un rôle à jouer, parce qu’en tant que chef d’établissement, vous présidez les conseils de classe, et qu’on sait que les appréciations qui sont portées sur les bulletins, par exemple, sont déterminantes en termes d’implantation filles-garçons, parce qu’évidemment, en tant que chef d’établissement, vous pilotez la politique d’orientation, et que cette politique d’orientation, elle est là aussi assez déterminante, parce que vous choisissez ou pas de faire venir des intervenants extérieurs, qui peuvent jouer un rôle modèle. Les leviers sont à votre disposition, le pilotage est le vôtre. Je ne dis pas que tout repose sur vous, je ne vous rends pas responsables de la correction des inégalités « filles-garçons », mais chacun d’entre nous détient une série de leviers, et l’enjeu est de pouvoir les activer.
Toujours au titre de ces inégalités, je veux dire un mot du lycée professionnel. Simplement pour vous dire qu’on va lancer un comité de suivi de la voie professionnelle, de l’évolution, de la réforme de la professionnelle qui a été engagée, comme vous le savez, notamment avec le parcours en Y. J’aurai l’occasion jeudi de réunir ce comité de suivi au sein duquel les représentants siégeront. Pour être tout à fait franc, je vous disais tout à l’heure que je ne bougerai pas à la rentrée 2026 : le seul sujet sur lequel j’ai une interrogation, c’est le fameux Y. Non pas sur l’esprit, mais sur la lettre, c’est le cas de le dire. Je demanderai donc au comité de suivi de travailler et de me faire d’éventuelles propositions, puisque je sais que, comme chefs d’établissement, vous avez observé un taux d’évaporation important des élèves sur cette partie en Y, l’année dernière. Un certain nombre de correctifs ont été apportés cette année. C’est un sujet sur lequel on peut légitimement avoir des interrogations, et sur lequel on sera amenés à discuter.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 6 Priorité 3 : santé mentale, écrans et mesures de régulation Cliquez pour dérouler ▾
Troisième et dernière grande thématique sur laquelle je serai amené à fixer, là aussi, un cap commun et sur lequel évidemment je suis très en attente, aussi, des échanges que nous serons amenés à avoir : c’est la dimension « santé physique et psychique », notamment de nos élèves. J’ai vu beaucoup d’entre vous ces dernières semaines : je crois qu’il y a un constat partagé, aujourd’hui, d’un nombre croissant d’élèves en situation de vulnérabilité psychique, voire parfois de détresse, en réalité. C’est un sujet qui nous interroge collectivement.
Vous savez qu’il y a des protocoles en santé mentale que vous êtes en train de déployer. Nous avons reçu l’enquête tout à l’heure et, au passage, pardon pour les enquêtes, mais elles ne sont jamais complètement inutiles : elles sont même souvent très utiles. Elles montrent que vous êtes plus de la moitié maintenant à les avoir mis en place. Je remercie ceux qui ne l’ont pas encore fait de continuer à le faire, parce que c’est indispensable.
Nous sommes en train de travailler collectivement sur un mécanisme coupe-fil qui permettra à la santé scolaire de rentrer directement et de manière raccourcie dans les délais vers une prise en charge de ville ou en CMP, donc le centre médico-psychologique plus adapté. Mais au-delà de ça, on a évidemment un enjeu majeur sur cette santé mentale.
Le corollaire de ces sujets de santé mentale, c’est évidemment, vous le savez tous aussi, le sujet des écrans. Alors là-dessus, on a deux orientations, deux évolutions qui sont proposées dans un texte, envisagées dans un projet de loi qui est en cours d’examen et qui sera là aussi discuté dans le cadre du dialogue social en Conseil supérieur de l’éducation ce jeudi.
Le premier consiste à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Tout simplement parce qu’on constate tous les effets délétères de ces réseaux sociaux et de la surconsommation de ces réseaux. Il y a quatre enjeux pour moi de ce point de vue-là.
Il y a un enjeu de santé publique d’abord, parce que c’est une addiction, objectivement, pour un certain nombre de nos jeunes.
Il y a un enjeu social, parce qu’en réalité, on ne peut pas se permettre de déléguer les relations sociales de nos jeunes à des outils avec des algorithmes dont on sait pertinemment que, par nature, et, en l’occurrence, même par destination, ils sont biaisés.
Il y a un enjeu intellectuel : c’est que les facultés de concentration et de mémorisation de nos jeunes fondent comme neige au soleil, à due proportion de l’usage des écrans. Et là aussi, tout ça est scientifiquement démontré.
Et puis il y a un enjeu civique auquel vous êtes tous les jours aussi, là une fois encore, enfin tout ça, vous le savez, vous êtes confrontés : c’est que nous avons des jeunes qui sont de moins en moins, enfin qui sont plus ou moins bombardés de fausses informations, de contenus, etc., avant même d’avoir eu le temps de se forger une conscience civique.
Donc on a inversé l’ordre des facteurs. Et donc tout ça a conduit le président de la République et le gouvernement à proposer l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, qui sera donc dans un projet de loi qui sera d’abord en tant que, dans sa version de pré-projet, soumis au dialogue social, et ensuite, dans sa version issue des travaux, soumis au Parlement.
Le deuxième sujet qui ne vous est pas inconnu, et donc sur lequel je dis un mot, c’est l’interdiction du téléphone portable au lycée, sur lequel il y a eu une forme d’accélération, là aussi, une volonté d’accélérer, du président de la République et du gouvernement, pour, j’allais dire, acter dans le projet de loi qui, là aussi, sera soumis, par définition, et au dialogue social et au Parlement, mais avec la volonté de porter une interdiction, j’allais dire, de principe, parce que le droit a aussi une fonction symbolique et que le temps de l’école, ce n’est pas le temps du téléphone. Le temps de l’apprentissage, ce n’est pas le temps des réseaux sociaux, des smartphones, etc. Donc, une interdiction de principe qui serait étendue au lycée, avec évidemment, la faculté pour les chefs d’établissement, là aussi, de conjuguer cette interdiction à la lumière des réalités locales et de déroger par le règlement intérieur, j’allais dire, en tant que nécessaire, à cette interdiction de principe.
L’enjeu derrière tout ça, il est quand même assez lourd. L’enjeu, c’est de faire en sorte que, tout simplement, nos élèves retrouvent une forme, un peu, de maîtrise de leur destinée, de leurs données, de leur vie sociale, de leurs facultés cognitives, de leurs facultés d’apprentissage, de leur esprit civique.
Enfin, voilà, il y a un enjeu collectif à faire en sorte que l’exposition de nos jeunes aux écrans soit raisonnablement limitée, et qu’ils soient sortis, évidemment, de tout le travail que vous faites, à la fois sur l’éducation aux écrans, et puis sur des formes qu’on pourrait qualifier d’alternatives de sociabilité, qui pour nous, en fait, compte tenu de nos âges respectifs probables, est plutôt ce dans quoi nous avons grandi, c’est-à-dire que la sociabilité, elle se construit d’abord par le rapport interpersonnel, avant de se construire par écran interposé.
Voilà un peu ce que je voulais partager avec vous avant d’ouvrir la discussion.
⬆️ Retour au sommaireChapitre 7 Conclusion : attachement à l’École et prise en compte des équipes Cliquez pour dérouler ▾
Je voudrais juste, d’un mot de conclusion, vous dire quelques derniers points encore, qui sont plutôt, là aussi, des points d’état d’esprit. Je vais vous parler un peu avec, comme pour le reste d’ailleurs, mais je vais vous dire ce que je crois profondément. J’ai accepté la mission qui m’a été confiée parce que je suis viscéralement attaché à l’école, avec un « E » majuscule. Aux écoles, aux collèges, aux lycées, à tous ceux et à toutes celles qui les servent. Vous les premiers. Moi-même n’étant que Ministre, c’est-à-dire serviteur. Étymologiquement. Et je me vis comme tel : serviteur d’institutions scolaires.
Et on connaît évidemment les difficultés, les vicissitudes, les enjeux de climat scolaire, les enjeux de numérique, je l’ai dit, les enjeux pédagogiques, etc., et vous y êtes confrontés tous les jours. Mais la lucidité que nous devons avoir sur le sujet est en réalité le meilleur moyen de croire dans notre système. Nous avons des raisons d’y croire.
Quand j’ai été au lycée Louise Michel à Grenoble, je ne sais pas si madame la proviseure vous êtes en ligne. Quand j’ai été à l’internat de Chabanne, je ne sais pas si monsieur le proviseur vous êtes en ligne. Où je suis passé ces derniers jours, ces dernières semaines, dans les collèges ou les lycées que j’ai visités.
À chaque fois, je sortais avec la même conviction profonde. La première, c’est que les personnels de l’Éducation nationale sont notre fierté et de notre espoir. Ils sont notre fierté parce que, sans eux, on ne serait pas là où on est actuellement, ni les uns ni les autres. Et sans vous, nos enfants n’arriveront pas au bout de leur potentialité. Très clairement.
Et nous avons des raisons d’y croire. Nous avons des raisons de croire dans notre école. Ce qu’on fait au quotidien est extraordinaire et je voudrais donc, en ce début de 2026, que nous soyons profondément animés par cela. Nous avons une chance inouïe en France qui est l’École et le système éducatif tel que vous le faites vivre au quotidien.
Ma deuxième conviction, toujours en conclusion, c’est que précisément parce que nous avons raison de croire dans notre système et parce que notre système est extraordinaire, Nous devons veiller collectivement à prendre soin des collègues. Moi, je ne veux pas, je l’ai dit, je ne veux pas « bourlinguer » la maison. Je ne crois pas que la maison ait besoin encore d’être réformée. Je crois que la maison a besoin d’être pilotée, conduite, soutenue, défendue, protégée, accompagnée, formée, le cas échéant, tout ce qu’on veut. Elle n’a pas besoin d’être « bourlinguée ». Elle a besoin aussi, j’en suis profondément convaincu, qu’on prenne soin des collègues. Et prendre soin des collègues, c’est peut-être, justement, se recentrer sur le cœur de métier, et puis au quotidien, j’allais dire de manière « managériale », mais c’est aussi votre mission, et ce n’est pas une insulte que d’employer le mot « managériale », c’est aussi avoir cet équilibre entre l’attention portée à l’autre et la liberté pédagogique qui est inhérente à nos métiers, entre avoir une boussole collective et puis une marge, évidemment, d’autonomie importante, une initiative locale, entre ce qui nous unit au sein de la maison Éducation Nationale et puis ce terrain qui doit respirer.
Donc, voilà un peu l’état d’esprit qui m’anime. J’espère avoir réussi, en dépit des limites, des écrans interposés, j’espère avoir réussi à vous le transmettre, à le partager avec vous, et qui est fait d’une très grande énergie, vous le sentez peut-être, d’un attachement, une fois encore, viscéral à notre Institution, de l’honneur de la servir et de vous servir, en réalité, de travailler pour vous et avec vous. Et puis, évidemment, de la lucidité et de la volonté qui doivent être le corollaire des difficultés que je ne minore pas et auxquelles vous pouvez être amené à être confronté. Voilà.
Pardon d’avoir été un peu long, mais j’avais envie de partager ça avec vous parce que ce n’est pas tous les jours que je ferai une visio de chefs d’établissements et, ce que je vous propose donc, passé ce premier temps, c’est de passer la parole à vos trois collègues, en commençant – d’une manière dont le caractère original n’échappera à personne – par monsieur Bobkiewicz, pour le SNPDEN-UNSA.
⬆️ Retour au sommaireL’intervention de Bruno BOBKIEWICZ, secrétaire général du SNPDEN-UNSA
Merci, Monsieur le Ministre.
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs, chers collègues, d’abord : merci pour votre message et votre intervention. À mon tour de vous souhaiter, de nous souhaiter une très bonne année 2026, une année que nous voudrions placer sous cinq principes ou notions : le calme, la sérénité, la confiance, l’anticipation et le respect. Ces cinq mots ne sont pas des slogans, mais ce sont des conditions de travail, des leviers d’efficacité importants. Ce sont aussi, je crois, des attentes très fortes du terrain.
On propose une intervention structurée en deux parties. D’abord, un point sur la situation des personnels de direction, évidemment, et revenir sur quelques sujets que vous avez évoqués, notamment qui correspondent à vos priorités ou aux conditions de préparation de rentrée.
Sur la situation des personnels de direction, d’abord les conditions d’exercice, évidemment. Comme je l’ai dit, malheureusement, il y a déjà cinq ministres : « il n’y a pas de confiance sans preuve de confiance ». Merci, néanmoins, pour vos mots qui, je crois, nous parlent.
Mais cette phrase résume à elle seule, je crois, une grande partie du malaise actuel.
Nous faisons face à une accumulation de priorités, une multiplication d’injonctions, un empilement de plans, de référents, de dispositifs qui rendent le pilotage quotidien inutilement compliqué, voire parfois illisible. Toujours plus, jamais moins, dans un contexte de plus en plus contraint, avec des collaborateurs parfois absents, insuffisamment remplacés, voire durablement manquants : adjoints, secrétaires, gestionnaires, CPE, notre équipe de proximité…
Il faut le dire clairement : STOP ! Nous ne pouvons plus continuer à absorber chaque mois une nouvelle priorité nationale, un nouveau plan, un nouveau séminaire, un nouveau référent. Je crois que vous l’avez entendu et tout le monde doit l’entendre. Il est indispensable de nous laisser prioriser les sujets dans nos établissements en fonction de nos réalités locales, de nos équipes, de nos élèves, de nos calendriers.
C’est le principe d’autonomie que vous avez vous-même évoqué.
C’est dans cet esprit que le SNPDEN-UNSA propose la nomination, dans chaque DSDEN ou dans chaque rectorat, d’un référent dédié à la tranquillité professionnelle des personnels de direction. Nous sommes volontaires pour en assurer la formation et le webinaire.
Plus sérieusement, évidemment, c’était une plaisanterie, nous sommes syndicalement prêts à continuer à travailler, à nous engager dans des groupes de travail tels qu’ils ont pu démarrer cette année, sur les conditions d’exercice, sur le référentiel métier, sur l’attractivité de la fonction, mais à une condition essentielle : c’est que ce travail permet réellement des décisions utiles et d’améliorer concrètement la vie quotidienne des personnels de direction. La profession est en attente forte sur ces questions.
Dans le même domaine, il y a la question de la rémunération. Il serait injuste de nier les efforts sérieux qui ont été réalisés. La rémunération moyenne a gagné 350 euros net en 4 ans, ce qui constitue une avancée réelle. Nous le saluons. Mais nous devons être lucides. Ces progrès ne suffisent pas à garantir l’attractivité dans la durée, notamment à l’entrée dans le métier.
Le SNPDEN demande notamment une amélioration du reclassement à l’entrée dans la fonction, ainsi que la suppression de la clause des 8 ans pour accéder à la hors-classe.
La hors-classe est un sujet d’insatisfaction, vous le savez, je vous l’ai dit, notamment sur le taux de promotion. Quatre ministres successifs nous ont promis un taux à 17 % pour l’année 2026. Je ne pouvais pas ne pas en parler. 16 % ont été décidés pour l’année 2026. Il est encore en capacité de rectifier le tir, puisque 19 % ont été promis en 2027 et 21 % l’ont été pour 2028. Ces engagements nécessitent un soutien politique clair et assumé. Nous avons besoin de votre soutien sur ce sujet.
Il y a, selon nous, également, à revoir les tranches d’attribution du CIA et les critères d’attribution. Bien que plus avantageux que le régime indemnitaire qui était lié à l’IF2R, cette ventilation en trois tranches crée plus d’incompréhension et d’insatisfaction chez les collègues. Nous avons des propositions à faire pour mieux répartir et de plus clair sur les critères.
Enfin, comment expliquer à cette heure que de nombreux collègues ne disposent pas de leur évaluation liée à la mobilité, alors que cette annonce était faite pour ce matin ?
Ma deuxième ligne, désolé, je vais vite, ira sur les dossiers en cours.
Concernant la préparation de rentrée, vous l’avez évoqué, l’absence de budget à ce stade nous inquiète beaucoup, notamment sur la question du calendrier, la stabilisation du temps qui va nous permettre de préparer cette rentrée et avec quelle dotation. Les inquiétudes sont évidemment fortes, notamment dans un contexte où le nombre de classes fermées est important et la question des groupes de besoins va se poser.
La souplesse que vous avez souhaitée est plutôt évidemment la bienvenue, mais nous aurions pu gagner 2 ans de travail très difficile sur ce sujet si on nous avait écouté depuis le début. Mais comme disait Pénélope, « faire et défaire, c’est toujours travailler ».
La mesure du 15 % des collèges que vous avez évoqués va, selon nous, dans le bon sens sur le principe. Mais elle pose immédiatement la question opérationnelle de : avec quels moyens ? Dans quelles conditions et quel temps libérer pour pouvoir faire ce travail sérieusement du côté des inspecteurs et du côté des équipes de direction concernées ?
On rate néanmoins, selon nous, le rendez-vous de la mixité que vous n’avez pas évoquée. Il faudra également nous dire au plus vite à quoi ressemblera un stagiaire en septembre 2026. Vous avez évoqué la question de la réforme. C’est important pour nous d’en avoir les contours, notamment dans cette phase de préparation de rentrée.
Sur la question du téléphone portable au lycée, je vais vite. Il y a évidemment la question de l’accélération, vous l’avez dit, et de la précipitation dans laquelle le président de la République nous a mis. Une idée qui nous est très difficile à appliquer, mais que chacun doit maintenant mettre en œuvre, sans concertation préalable, alors que les annonces ont été faites. On décide et on concerte ensuite. No comment.
Il faut rappeler que les lycées s’appuient aujourd’hui parfois beaucoup sur le téléphone pour fonctionner, tant du point de vue organisationnel que pédagogique. Comment faire sans ? Il ne faudra pas avoir de réponse différente en fonction de l’âge ou du statut. On ne pourra pas différencier le fonctionnement pour les lycéens et les étudiants. Il sera indispensable, mais vous l’avez dit, de laisser la main aux établissements et que la loi le prévoie clairement ainsi.
On peut regretter que sur cette question, l’usage du numérique, à ce stade, ne soit limité, notamment du côté des lycéens, qu’à l’école. L’école va faire un effort important sur ce sujet, alors qu’on sait bien qu’une grosse partie du problème se situe à l’extérieur.
Nous partageons enfin sur la question des sujets pédagogiques votre volonté de faire évoluer le fonctionnement du Y en lycée professionnel. Nous défendrons effectivement ces propositions en comité de suivi qui se réunira et nous y serons jeudi.
Pas le temps de parler de santé mentale ou d’autres sujets, mais vous l’avez vous-même de votre côté évoqué.
Pour conclure, il y a du travail et nous le savons. Mais ce travail ne pourra être mené efficacement que si l’on nous fait confiance, que si on concentre les priorités, si on nous laisse travailler. L’institution perd progressivement ses cadres, nous vous l’avons dit, nous l’avons écrit, il n’y a rien de plus préoccupant.
Un changement de méthode qui ressemble à ce que vous avez évoqué et l’arrêt de l’empilement permanent des nouvelles priorités sont aujourd’hui essentiels. Il faut des changements concrets pour modifier la vie professionnelle bien souvent devenue insupportable des personnels de direction et qui n’attirent plus.
La baisse démographique à venir est peut-être une occasion d’améliorer le confort des enseignants, mais aussi des personnels de direction avec plus de postes pour améliorer le pilotage.
Dans la perspective de 2027, le SNPDEN réaffirme enfin son souhait de travailler à une vision progressiste et constructive de l’école, avec plus de mixité et de meilleurs équilibres publics-privés, mais avec une crainte, et vous le savez, de la régionalisation de l’école, notamment à travers différentes mesures de décentralisation.
Voilà, je n’en dirai pas davantage, je vous remercie.