Rentrée 2026 : « Comment faire… avec rien ? »

Publié le par François RESNAIS − Mis à jour le

Comment faire fonctionner les établissements quand les personnels manquent ?
Comment mettre en œuvre des dispositifs obligatoires quand les crédits disparaissent ?
Comment programmer une politique culturelle quand les règles budgétaires changent après que les projets ont été construits ?
Notre conférence de presse du jeudi 10 septembre 2026.

Le titre de notre conférence de presse de rentrée pourrait presque prêter à sourire : « Comment faire… avec rien ? ». Mais derrière la formule, il y a désormais une réalité très concrète pour les perdirs.
Cette rentrée 2026 ne se caractérise pas par l’empilement de nouvelles grandes réformes. Et… pourtant, la tension est forte. Car l’Éducation nationale demande toujours davantage aux établissements alors même que se réduisent les moyens humains, les crédits disponibles et, plus grave encore, la visibilité indispensable pour piloter.
Les résultats de notre enquête de rentrée, forte de 2 300 réponses, le montrent. Le diaporama présenté lors de notre conférence de presse et disponible ci-dessous permet d’en mesurer précisément l’ampleur.

➡️ Pass Culture et ADAGE : la parole donnée doit être tenue !

C’est certainement l’un des exemples les plus édifiants de cette rentrée. Au début de l’année 2026, après l’interruption brutale de la part collective du Pass Culture, un nouveau fonctionnement avait été construit avec le Ministère. L’enveloppe annuelle était désormais fondée sur 62 millions d’euros de crédits réels, et non plus sur une logique d’autorisations de dépenses sans financement garanti.
Le dispositif était lisible : une première enveloppe pour terminer l’année scolaire 2025-2026, puis une seconde pour septembre-décembre. Surtout, les établissements avaient été informés que les crédits non consommés pourraient être reportés sur cette seconde période. La communication officielle publiée au printemps confirmait d’ailleurs cette possibilité. Et c’est sur cette base que les personnels de direction et les équipes ont travaillé.
Ils ont donc programmé des sorties, construit des projets, échangé avec les partenaires culturels, organisé leur programmation d’éducation artistique et culturelle… Certains ont, très volontairement, conservé une partie de leurs crédits pour financer des opérations plus importantes entre septembre et décembre.
Et tout cela passe par ADAGE, qui est officiellement l’interface dédiée – et l’unique voie d’accès – à la part collective du Pass Culture pour les établissements.
Or, à la rentrée, la règle change !
Selon les informations confirmées au SNPDEN lors des échanges avec le Ministère, les reliquats annoncés ne seraient finalement pas intégralement reversés. L’économie ainsi réalisée dépasserait 10 millions d’euros sur les 62 millions prévus pour 2026.
Là est le véritable scandale ! Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle économie budgétaire, c’est un engagement sur lequel les établissements ont fondé leurs décisions et qui n’est plus tenu.

Quand une équipe construit au printemps un projet culturel pour l’automne parce qu’elle sait qu’elle pourra conserver son reliquat, elle engage des partenaires, organise un calendrier et fait des choix pédagogiques. On ne peut pas, quelques mois plus tard, modifier unilatéralement la règle et expliquer aux mêmes équipes que les crédits sur lesquels elles avaient bâti leur programmation ne seront finalement pas au rendez-vous. Les conséquences sont immédiates : des projets programmés ne pourront pas être financés et certaines opérations importantes prévues entre septembre et décembre devront être abandonnées.
ADAGE ne peut pas devenir la vitrine numérique d’une politique culturelle dont les crédits disparaissent au moment de la mettre en œuvre. On ne peut pas demander aux enseignants de construire des projets, aux référents culture de les accompagner, aux chefs d’établissement de les valider, aux structures culturelles de réserver leurs interventions, puis retirer l’assise financière sur laquelle repose l’ensemble.
Pour nous, la méthode est inacceptable !

Et, au-delà du Pass Culture, c’est bien la question de la confiance entre les cadres et leur administration qui est une nouvelle fois posée.

➡️ Des obligations… mais plus les moyens de les financer

Le Pass Culture n’est malheureusement pas un cas isolé. La situation des dotations est ainsi particulièrement préoccupante : les HSE consacrées à Devoirs faits ne permettent déjà plus, dans certains établissements, de financer correctement un dispositif pourtant obligatoire en 6e. Les HSE destinées au remplacement ont quasiment disparu et, au 10 septembre, des établissements ne connaissent toujours pas précisément leurs dotations.

Même constat avec le Pacte ! Les premières dotations font apparaître une baisse d’environ 50 %. Dans certaines situations, des établissements qui disposaient auparavant de volumes très importants se retrouvent avec quelques unités seulement ; ailleurs, aucune dotation n’est encore connue. Plus préoccupant encore, on annonce une première enveloppe jusqu’en décembre et un éventuel complément en janvier, dépendant du budget 2027. Comment peut construire et piloter un projet annuel dans ces conditions ? Cette gestion à vue est à l’exact opposé de notre conception du métier et de nos demandes.

➡️ « Faites fonctionner »… mais avec qui ?

À cette rentrée, comme nous le confirme notre enquête, ces difficultés budgétaires se cumulent avec celles des ressources humaines. Cette année, 65 % des établissements déclarent manquer d’au moins un enseignant à la rentrée, contre 60 % l’année précédente. Près de quatre établissements sur dix en signalent plus d’un. Certaines situations sont beaucoup plus lourdes encore.
Mais le SNPDEN le répète depuis des mois : la question ne se limite pas aux enseignants !
Un CPE absent, un personnel administratif non remplacé, un adjoint manquant, un assistant social non nommé ont des conséquences immédiates sur le fonctionnement quotidien de l’établissement et sur la charge de travail des équipes de direction.
Nous refusons rigoureusement que le « mode dégradé » devienne progressivement le fonctionnement normal du service public d’Éducation.
Lorsqu’il manque les personnes et les moyens nécessaires pour tout faire, il faut assumer de prioriser et donc le SNPDEN travaillera donc à identifier les tâches qui peuvent être différées ou mises en retrait lorsque les conditions normales de fonctionnement ne sont plus réunies. Car on ne peut pas demander durablement aux équipes de direction de compenser chaque poste vacant, chaque crédit supprimé et chaque dysfonctionnement supplémentaire.

➡️ Des injonctions, toujours. Les conditions pour les appliquer… beaucoup moins.

Cette rentrée l’illustre encore. Sur les téléphones portables, la profession est largement favorable à une meilleure régulation des usages. Mais une évolution du règlement intérieur se construit avec le conseil d’administration, les représentants des élèves et la communauté éducative. Elle ne se décrète pas en quelques jours à partir d’une loi promulguée fin août.
Le SNPDEN demande donc aux collègues de prendre le temps de la concertation et refuse qu’une communication nationale fasse croire qu’une interdiction totale et uniforme pourrait être appliquée instantanément partout.

Même logique pour les évaluations nationales : dans les académies gravement perturbées par les cyberattaques et les dysfonctionnements numériques, notre position est claire : lorsque les conditions ne sont pas réunies, elles ne constituent pas une priorité ! Les chefs d’établissement doivent pouvoir consacrer leurs forces au fonctionnement essentiel du service, et le SNPDEN soutiendra les collègues qui feront ce choix.

✅ Notre ligne est claire !

Nous demandons :

  • le respect intégral des engagements pris sur le Pass Culture, notamment concernant les reliquats annoncés aux établissements, et une visibilité réelle dans ADAGE sur les crédits mobilisables ;
  • des règles budgétaires stables, qui ne changent pas après que les personnels de direction et leurs équipes ont engagé leur programmation ;
  • des moyens correspondant réellement aux dispositifs que l’État rend obligatoires ;
  • des dotations annuelles connues suffisamment tôt pour permettre aux établissements de piloter plutôt que de gérer dans l’incertitude ;
  • la couverture des postes vacants et des remplacements longs, toutes catégories de personnels confondues ;
  • et, lorsque ces conditions ne sont pas réunies, la possibilité assumée de hiérarchiser les priorités et de différer les tâches secondaires. Ces orientations figurent explicitement parmi les suites arrêtées à l’issue de cette rentrée.

❓ « Comment faire… avec rien ? »

Depuis des années, les perdirs savent adapter, inventer, arbitrer, négocier et trouver des solutions.
C’est même souvent aussi pour ces raisons qu’ils ont choisi ce métier.
Mais l’autonomie ne consiste pas à organiser localement la pénurie.
On ne peut pas revendiquer une école ambitieuse tout en réduisant les moyens permettant de faire vivre ses politiques. On ne peut pas promouvoir les projets culturels et fragiliser le Pass Culture. On ne peut pas demander aux établissements de renseigner, programmer et piloter dans ADAGE puis reprendre les crédits sur lesquels cette programmation repose. On ne peut pas rendre un dispositif obligatoire sans lui affecter les moyens nécessaires. On ne peut pas proclamer davantage d’autonomie tout en laissant les établissements sans visibilité sur leurs ressources.

Et surtout, on ne peut pas demander indéfiniment aux personnels de direction de faire tenir le système par leur seule capacité d’adaptation. « Faire mieux avec moins » était déjà une formule discutable… En 2026, la question devient : comment faire… avec rien ?

La réponse du SNPDEN est simple : on ne peut pas !
Et nous n’acceptons pas que cette impossibilité soit transformée en responsabilité des établissements.

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