Conférence de presse du 26.05.2026 (absences des personnels, perspectives 2027…) : alerter, proposer et… préparer la suite

Publié le par François RESNAIS − Mis à jour le

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Le SNPDEN-UNSA n’organise pas une conférence de presse pour commenter l’actualité à chaud ou “ajouter du bruit au bruit”. Celle du 26 mai avait un objectif clair : rendre visibles des réalités que les personnels de direction constatent chaque jour dans les établissements, mais qui restent trop souvent diluées dans les discours généraux sur l’École.
Au cœur de cette conférence : la question du remplacement des personnels. Pas seulement les enseignants, même si le sujet demeure évidemment central pour les familles et les élèves. Nous avons voulu élargir le regard à l’ensemble des personnels indispensables au fonctionnement des EPLE : CPE, secrétaires généraux, DDFPT, AED, AESH, agents territoriaux, adjoints, personnels administratifs. Car chacun le sait : lorsqu’un maillon manque, c’est toute l’organisation de l’établissement qui se tend. Et, lorsque plusieurs maillons manquent en même temps, ce sont les personnels de direction qui absorbent, compensent et portent le risque.

Remplacements longs : une dégradation objectivée

Le premier enseignement de l’enquête est net : la situation des remplacements longs, c’est-à-dire des absences de plus de deux semaines, s’est encore dégradée par rapport à l’enquête menée un peu plus d’un an auparavant. Les chiffres sont particulièrement parlants. Seuls 29 % des établissements déclarent avoir tous leurs enseignants remplacés. 59 % signalent qu’au moins une absence longue d’enseignant n’a pas été couverte. Plus inquiétant encore, 12 % des établissements font état d’un poste d’enseignant non pourvu depuis le début de l’année. Autrement dit, dans ces situations, ce ne sont pas quelques heures perdues ici ou là : ce sont des pans entiers d’enseignement qui manquent, parfois depuis septembre.

Lorsqu’un enseignant manque, le phénomène peut rester limité : dans 41 % des cas, un seul enseignant est concerné. Mais certains établissements signalent jusqu’à 5 à 9 enseignants manquants sur des absences longues. À ce niveau, il ne s’agit plus d’un dysfonctionnement ponctuel : c’est l’organisation pédagogique elle-même qui se trouve fragilisée.
Nous avons rappelé une distinction essentielle : les absences courtes font partie de la vie ordinaire d’un établissement : maladie de quelques jours, sorties scolaires, convocations, examens, formations. Personne ne prétend que tout puisse être remplacé immédiatement. En revanche, une absence de trois semaines, d’un mois ou davantage, parfois anticipable comme un congé maternité ou un départ à la retraite, pose une tout autre question. Elle devient pédagogiquement difficilement soutenable et institutionnellement incompréhensible lorsqu’elle n’est pas anticipée.

Quand les personnels manquent… les perdirs compensent !

L’enquête ne se limite pas aux enseignants. C’est même l’un des apports majeurs de cette conférence de presse. Les absences non remplacées concernent aussi les personnels qui font tenir l’établissement au quotidien. Les agents territoriaux, par exemple, apparaissent comme la deuxième catégorie la moins bien remplacée : 42 % ne le sont pas.

Cette donnée ouvre un débat plus large. Les collectivités territoriales demandent régulièrement de nouvelles compétences ou davantage de responsabilités. Nous le disons clairement : avant d’élargir les champs de compétence, encore faut-il assurer pleinement ceux qui existent déjà. Gestion des agents, entretien du bâti, adaptation des établissements aux fortes chaleurs : les besoins sont considérables et les retards bien réels.
Pour les personnels de direction, les conséquences sont directes. Lorsqu’un CPE manque, il faut parfois gérer la grille, les couloirs, les incidents de vie scolaire. Lorsqu’un secrétaire général est absent, une partie de son service retombe sur la direction. Lorsqu’un DDFPT n’est pas remplacé, les dossiers qu’il suit doivent être repris. Lorsqu’un adjoint manque, le chef d’établissement ou l’équipe restante absorbe une part supplémentaire de pilotage, de gestion et de présence.

C’est pourquoi 76 % des personnels de direction déclarent que ces absences ont un impact important sur leurs conditions d’exercice. Cette donnée est centrale. Le sujet du remplacement n’est pas seulement une question de continuité pédagogique, il touche aussi à la soutenabilité du métier, à la charge mentale, à la qualité du pilotage et à la capacité des établissements à fonctionner normalement.

Préparation de rentrée : les inquiétudes budgétaires s’accumulent

La conférence de presse a également permis d’alerter sur la préparation de la rentrée. Le contexte budgétaire est incertain, et plusieurs signaux inquiètent fortement les équipes.
Première alerte : les IMP. La moitié des académies n’avaient pas, à ce stade, délégué les indemnités pour missions particulières, alors qu’elles le sont habituellement autour du 1er février. Ces moyens ne sont pas accessoires : ils permettent de reconnaître et de faire vivre des missions indispensables dans les établissements.
Deuxième alerte : les pactes. L’enveloppe prévue pour 2026 a déjà été largement consommée. La période septembre-décembre risque donc d’être très contrainte, avec très peu de parts disponibles. Or le pacte est devenu, dans beaucoup d’établissements, la principale source mobilisable pour organiser du remplacement ou financer certaines missions comme Devoirs faits. Comment demander aux établissements de faire plus de remplacement si les moyens qui le permettent disparaissent ?
Troisième élément d’inquiétude : les moyens de remplacement ont été fortement mobilisés par l’augmentation des temps partiels thérapeutiques. Le sujet est sensible, car il relève de situations individuelles légitimes. Mais ses conséquences doivent être regardées lucidement : lorsque ces temps partiels se multiplient, ils consomment une part importante des ressources disponibles pour remplacer.
La préparation de rentrée se fait donc dans un brouillard budgétaire et organisationnel préoccupant. Pour les personnels de direction, cela signifie moins de visibilité, moins de marges, et davantage de risques à assumer au moment même où s’engagent les opérations les plus lourdes de fin d’année et de rentrée.

Téléphones portables au lycée : attendre les textes, mais préparer le réel

Autre sujet abordé : l’interdiction annoncée du téléphone portable au lycée. Le SNPDEN-UNSA a rappelé une difficulté majeure : à la date de la conférence de presse, aucun texte n’était disponible. Le projet est embarqué dans une réglementation plus générale sur les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, nécessitant une intervention au niveau européen. Résultat : le calendrier national demeure flou.
Or les établissements ne peuvent pas attendre indéfiniment. Modifier un règlement intérieur suppose du temps, des consultations, un passage en instances, une information des familles et des élèves. Si les clarifications arrivent trop tard, les équipes devront une fois encore bricoler dans l’urgence.
Sur le fond, et à l’image de notre approche syndicale, nous défendons une approche pragmatique. Des zones d’exception, laissées à la main de l’établissement, peuvent avoir du sens. Sans elles, les lycéens risquent de sortir massivement à chaque pause, avec des conséquences possibles sur la sécurité aux abords des établissements. De même, l’alignement éventuel des étudiants sur les lycéens doit pouvoir être pensé localement, selon les configurations.

Rappelons ici une évidence : interdire le téléphone ne règlera pas à lui seul la question du numérique. Le téléphone est déjà interdit en classe, et cela n’empêche pas des usages problématiques, notamment en matière de fraude lors des contrôles ou examens. Le sujet de la détection des signaux a été évoqué, avec des appareils dont le coût serait de l’ordre de 500 à 600 euros. Cette piste reste à tester, mais elle traduit une préoccupation réelle : les établissements doivent pouvoir sécuriser les évaluations, dans un contexte où les élèves et les familles eux-mêmes alertent sur les risques de fraude.

Baccalauréat : l’épreuve de mathématiques ajoute une tension supplémentaire

Lors de cette conférence de presse, nous avons également évoqué l’organisation de l’épreuve de mathématiques au baccalauréat. Celle-ci conduit à organiser les examens sur cinq jours au lieu de quatre, avec une épreuve positionnée sur deux jours différents. Cette organisation a des effets concrets sur les établissements : convocations, salles, surveillance, déplacements, perte de journées de fonctionnement.
La difficulté concerne aussi les professeurs de mathématiques, fortement sollicités : corrections des épreuves de première, corrections de spécialité en terminale, passage du grand oral. Le SNPDEN-UNSA alerte ici sur une accumulation de charges qui finit par peser sur les équipes et sur l’organisation des établissements en fin d’année.

L’Abandon : un outil de mémoire et de travail pédagogique

Nous avons confirmé notre soutien au film L’Abandon, consacré aux derniers jours de Samuel Paty. Le film a été vu en avant-première et a été jugé à la fois fort, utile et profondément nécessaire. Pourquoi soutenir cette initiative ? Parce que plus les années passent, plus la commémoration du 16 octobre risque de perdre son sens pour les élèves si elle n’est pas accompagnée d’un travail pédagogique. Ce film permet de comprendre, jour après jour, heure après heure, comment les événements se sont construits. Il ouvre de nombreuses pistes de réflexion : laïcité, réseaux sociaux, rôle des parents, emballement médiatique, fonctionnement institutionnel, mémoire collective.

Nous soutenons avec force des projections à destination des équipes et des élèves, notamment à la rentrée, en septembre-octobre, lorsque la période sera plus propice à une exploitation pédagogique et mémorielle.

Présidentielle 2027 : dire ce que nous défendons, dire ce que nous refusons

À moins d’un an de l’élection présidentielle, le SNPDEN-UNSA prépare un document de positionnement destiné à clarifier ses priorités et ses lignes rouges. L’objectif n’est pas d’entrer dans une campagne partisane, mais de rappeler que l’École ne peut pas être un slogan de campagne. Elle doit être pensée sérieusement, avec des propositions documentées, réalistes et compatibles avec le fonctionnement réel des établissements.

➡️ Quatre grands sujets sont défendus :

✅ D’abord, la mixité sociale. Le SNPDEN-UNSA rappelle un chiffre particulièrement parlant : les 10 % de collèges les plus défavorisés accueillent 60 % d’enfants d’ouvriers et d’inactifs, tandis que les 10 % de collèges les plus favorisés n’en accueillent que 10 %. Cette ségrégation scolaire produit des effets profonds sur les parcours, les comportements, les ambitions et la cohésion sociale.
✅ Ensuite, l’équilibre public-privé. Le SNPDEN-UNSA ne revendique pas la fin de l’enseignement privé, mais l’égalité de traitement, la transparence et les contreparties lorsqu’il y a financement public. L’exemple des questionnaires liés aux voyages et aux internats, obligatoires dans le public mais facultatifs dans le privé, illustre une différence de traitement difficilement acceptable.
✅ Troisième axe : l’autonomie des établissements. Selon l’enquête citée, 72 % des chefs d’établissement considèrent disposer d’un niveau d’autonomie inférieur à 5 %. L’autonomie ne peut pas être un mot brandi dans les discours puis réduit, dans les faits, à une marge résiduelle une fois toutes les obligations imposées.
✅ Enfin, l’inclusion scolaire doit être repensée. Le SNPDEN-UNSA soutient l’ambition inclusive, mais constate que l’organisation actuelle ne répond pas suffisamment aux besoins des élèves, des familles, des équipes et des établissements.

➡️ Ce que nous rejetons :

⛔ les propositions populistes sans fondement pédagogique, comme les groupes de niveau ou l’uniforme présenté comme solution miracle ;
⛔ la régionalisation ou la décentralisation de certains personnels ;
⛔ les budgets d’austérité ;
⛔ la fin de Parcoursup sans solution sérieuse sur les places et l’objectivation des dossiers ;
⛔ la réduction des temps de vacances sans prise en compte de la réalité climatique, des bâtiments et des contraintes d’emploi du temps.

Canicule et bâti scolaire : le bricolage ne peut pas devenir une politique

La conférence de presse a enfin abordé la canicule, à la demande des journalistes. Les consignes immédiates sont connues : aérer la nuit, fermer les fenêtres et les stores en journée, déplacer les cours lorsque cela est possible, garantir l’accès à l’eau, protéger les élèves lors des récréations ou sorties, porter une attention particulière aux élèves ayant des pathologies.
Mais ces mesures relèvent souvent du bon sens et de l’ajustement local. Le problème de fond est ailleurs : beaucoup d’établissements sont inadaptés aux fortes chaleurs. Les passoires thermiques le sont en hiver comme en été. Les cours minérales, les surfaces bitumées, l’absence de végétalisation, les bâtiments mal isolés rendent certaines situations difficiles, parfois intenables.
Le SNPDEN-UNSA appelle donc à des investissements massifs. La végétalisation d’une cour est estimée, à Paris, autour de 100 000 euros. L’isolation, la rénovation thermique, la création éventuelle de quelques salles plus fraîches, voire ponctuellement climatisées, supposent des moyens importants. Là encore, les collectivités sont en première ligne. Et là encore, le syndicat rappelle une exigence : avant de réclamer de nouvelles compétences, il faut assumer pleinement celles qui existent déjà.

Baisse démographique : transformer plutôt que subir

Dernier sujet de perspective : la baisse démographique. Le SNPDEN-UNSA refuse d’en faire une simple occasion de supprimer des moyens. Mais il ne s’agit pas non plus de figer la carte scolaire comme si rien ne changeait.
La baisse du nombre d’élèves peut devenir une opportunité, à condition d’être pensée collectivement : établissements allant du premier degré au post-bac, mutualisation de locaux, développement de la formation continue, unités spécialisées liées à l’inclusion, regroupements cohérents, maintien d’un maillage territorial pertinent. Le seuil critique évoqué — moins de deux classes par niveau — rappelle qu’un établissement trop petit peut aussi devenir fragile pédagogiquement, faute de dynamique suffisante et d’équipes complètes.
Le SNPDEN-UNSA défend donc une approche équilibrée : ne pas laisser les seuls élus locaux décider au nom de la conservation de chaque structure, mais ne pas laisser non plus l’État traiter la démographie comme une variable budgétaire. Il faut une stratégie territoriale, éducative et républicaine.

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Conférence de presse du 26.05.2026

Résultats de l’enquête nationale auprès des personnels de direction et perspectives

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